Autrefois passe-temps de mamie ou de mère au foyer, la broderie connaît un retour de tendance. Fils, canevas et aiguilles sont repris et détournés par des militantes féministes, comme Caroline, 36 ans (Bloody Broderie), qui brode aussi bien des clitoris que des citations engagées.

 

Cette bibliothécaire de profession, qui vit depuis une douzaine d’années dans le quartier Saint-Fargeau, multiplie les créations “funky”. C’est en pleine période de confinement, que “Bloody broderie” est née. La magie opère à partir d’une carte postale ou d’une photo ancienne, dénichée en brocante. Caroline brode par-dessus un détail comme un simple bouquet de fleurs. Ses inspirations ? Les “mèmes”. Par exemple, on trouve cette carte postale avec une jeune mariée, verre de champagne à la main, accompagné de la phrase “My secret ? I drink a lot”. Un clin d’œil, au mème anglais, “That’s my secret I’m always drinking”.

Un travail minutieux, car les photos se déchirent facilement. Parfois, elle est obligée d’utiliser une pince plate pour passer chaque bout de ficelle de l’autre côté. Ses créations peuvent lui prendre jusqu’à une dizaine d’heures, sans compter le travail de préparation (choix de la photo, des matériaux, placement des trous …). N’hésitez pas à lui confier vos photos de famille ! Il lui arrive de temps à autre, de tester sur d’autres matières, comme le métal. Sa devise : “tout se brode” !

Des photos anciennes au street art

Les créations réalisées chez elle ne lui suffisant plus, elle a eu envie d’investir les rues, en créant des autocollants à partir de ses œuvres. Dotée d’un humour “sanguinolent”, Caroline aime jouer avec les mots. Elle habille les murs parisiens avec des bouts de tissus recyclés, sur lesquels sont inscrits ce qu’elle a du mal à exprimer de vive voix. Des messages percutants, parfois “vulgaires”, mais avec toujours de l’humour. Ce peut être pour dénoncer la violence obstétricale : “le point du mari sur ta bouche – tortionnaire”. Ou encore “Faire du Beach-handball avec plus de 10 cm de tissu, sur nos culs” qui fait écho aux handballeuses norvégiennes, sanctionnées pour leurs shorts considérés comme trop longs. Une prise de parole salutaire !

Au moment de coller ses mots, Caroline se sent toujours réticente, par peur de “gêner”  ou de voir ses collages êtres “arrachés”. C’est alors, à l’abri des regards, qu’elle fixe ses paroles sur les murs. Encore amatrice en street-art, elle a néanmoins déjà pu observer la présence d’une communauté féminine et solidaire. Mais malheureusement, seules, les femmes viennent à sa rencontre, alors que le féminisme concerne pourtant aussi les hommes. La rue est ainsi devenue son terrain de jeu, un lieu où elle dit pouvoir « sortir de sa zone de confort ». Avec son franc parlé, Bloody broderie parvient à éveiller les consciences tout en détournant la vision classique de la broderie de grand-mère. De l’objet décoratif à l’outil politique, ses œuvres sont d’une originalité sans pareil. 

>> Retrouvez les créations de Caroline, sur son compte Instagram @bloodybroderie mais aussi sur sa boutique en ligne : https://www.etsy.com/fr/shop/BloodyBroderie ( 3€ le sticker / environ 60 € la carte postale et 75 € la photo ancienne encadrée). Si intéressé.e, Caroline, confectionne également des œuvres à la demande.

Petite anecdote : figurez-vous, qu’à l’intérieur de la bibliothèque dans laquelle Caroline travaille (dans le 18e), est installée un Fab lab (lieu ouvert au public où il est mis à disposition toutes sortes d’outils, pour la conception d’objets) doté d’une brodeuse numérique.

Texte : Inès Da Silva

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