L’Association d’Histoire et d’Archéologie du 20e (AHAV) revient sur la genèse et sur la rénovation de cette statue représentant Léon Gambetta (1838-1882). Homme d’État français, grande figure de l’enracinement de la Troisième République, son nom a été donné à l’avenue voisine, à la station de métro et par extension à ce quartier du 20e arrondissement de Paris. 

Les habitués du square Édouard Vaillant, entre la mairie du 20e arrondissement et l’hôpital Tenon, connaissent bien la spectaculaire statue de Léon Gambetta qui y trône depuis 43 ans. Ces dernières années, ils avaient bien remarqué combien, d’hiver en hiver, notre pauvre Gambetta faisait de plus en plus triste mine, et ils s’en désolaient. Les services municipaux avaient bien essayé d’agrémenter un peu l’endroit en aménageant au pied une petite pièce d’eau… qui tenait plutôt du pédiluve.

Et, depuis des années, mousses et lichens avaient envahi la statue jusqu’à la rendre presque méconnaissable. Au printemps 2025, Gambetta disparut sous un échafaudage de bâches blanches sans autre explication. Quelques mois après, sans tambours ni trompettes, il réapparut, éclatant de blancheur, magistral et magnifique.

Étrange histoire d’un monument nomade

Ce monument a connu toute une histoire avant d’arriver dans le 20e arrondissement. Il est le vestige d’un ensemble statuaire monumental aujourd’hui détruit, placé à l’origine dans la Cour Napoléon du Palais du Louvre. Fruit d’une souscription internationale lancée en 1884, il fut inauguré le 13 juillet 1888. Gambetta, décédé prématurément en 1882, aurait fêté cette année-là ses 50 ans, et la République au pouvoir souhaitait souligner cet anniversaire en érigeant dans un des lieux les plus prestigieux de Paris un imposant monument à la mémoire du grand homme.

Le monument original était placé en avant de la cour Napoléon du Palais du Louvre, face au Carrousel. Haut de 27 mètres, il était composé d’un pylône pyramidal dont la base portait un ensemble de figures allégoriques et d’ornements de bronze. Sur la face avant, à mi-hauteur, figurait la statue de pierre qui nous est familière, celle qu’on voit maintenant square Edouard Vaillant.

Gambetta y est représenté en pied, dans une position de tribun, le bras tendu devant lui, au milieu d’un groupe de soldats. Des épisodes glorieux de sa vie et des extraits de ses discours étaient gravés sur le pylône, au sommet duquel trônait une allégorie en bronze de la Gloire de la Démocratie assise sur un lion ailé.

Bronze démontés sous l’occupation

Les sculptures, dues à l’artiste Jean Paul Aubé, étaient installées sur une architecture de Louis Charles Boileau. Le musée d’Orsay conserve une maquette en plâtre au 1/90e du monument datant du concours de 1884. Pendant l’Occupation, en 1941, les éléments de bronze furent démontés dans le cadre de la récupération des métaux non ferreux ordonnée par le gouvernement de Vichy. La statue en pierre fut épargnée.

En 1954, on réaménagea la cour Napoléon. Les squares furent supprimés et, pour dégager la vue des façades du Palais du Louvre, les monuments enlevés. Par la suite, dans les années 1980, cet espace qui ne servait plus que de parking pour les automobilistes parisiens fut complètement remanié avec une nouvelle réflexion sur les accès du musée du Louvre et l’édification des pyramides en verre et métal de l’architecte sino-américain Ieoh Ling Pei, bien connues aujourd’hui des touristes du monde entier.

En 1982, seul subsistait du monument originel le groupe de Gambetta entouré de soldats. A l’occasion du centenaire de la mort de Léon Gambetta, on décida de l’installer dans le square Édouard Vaillant, non loin de la place et de l’avenue Gambetta.

>> Retrouvez cet article en intégralité sur le site de l’AHAV

Le monument à Léon Gambetta, détails des lichens et mousses installés – Cliché CDD

Le monument sous son habillage de bâches – Cliché CDD

Le monument à Léon Gambetta, square Édouard Vaillant, après restauration – Cliché CDD

Le monument dans la Cour Napoléon du Palais du Louvre, dans son état d’origine, carte postale

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