Alors qu’une manifestation était organisée ce week-end à Saint-Fargeau pour dénoncer l’agression raciste dont a été victime une responsable associative (Maria Gonçalves de Barros de Couleurs Brazil). Et qu’une autre manifestation a eu lieu le week-end dernier à Saint-Blaise pour empêcher une commémoration sur la tombe du collaborationniste Brasillach au cimetière de Charonne. On revient sur l’engagement anti-raciste et anti-fasciste dans le 20e arrondissement de Paris. 

Des prises de position en accord avec le positionnement politique de l’arrondissement : celui où l’on vote le plus à gauche de Paris. Cela s’explique en partie par l’histoire de ces quartiers populaires et ouvriers de l’est de la Capitale, qui ont été marqués par La Commune (les dernières barricades des Communards y étaient dressées), puis par les différentes vagues migratoires qui y ont installé une population multi-culturelle (il y aurait une centaine de nationalités présentes aujourd’hui). 

Deux lieux aujourd’hui fermés ont tenu une place importante, en tant que point de ralliement des militants anti-racistes et anti-fascistes. Présenté par le média Street Press, comme le “bar historique de la gauche radicale parisienne créé par Julien Terzics, le « chasseur de nazis »” et par Le Monde comme “centre névralgique du militantisme libertaire parisien”, le Saint-Sauveur, a fermé ses portes en janvier 2025, après 19 ans d’existence. C’est la mort de son fondateur, à l’été 2024, des suites d’un cancer, qui a conduit à la mise en vente du local du 11 rue des Panoyaux. 

La seconde adresse, c’était Le Lieu Dit, au 6 rue Sorbier. Créé en 2004 par Hossein Sadeghi, ce bar-restaurant fut un lieu de débat politique et d’activités culturelles gratuites (projection de films, rencontres, expositions…) de la gauche savante et militante. Après 20 ans d’existence, sa mauvaise santé financière le contraint à baisser le rideau en décembre 2024. Un déchirement pour de nombreux voisins.

Reste-t-il des espaces pour le militantisme ? On a cherché d’abord du côté du syndicalisme avec le bâtiment historique du syndicat Confédération nationale du Travail (CNT) au 33 rue des Vignoles, lieu de culture et d’action sociale depuis les années 1970. Ou le siège de la CGT à Porte de Montreuil (côté Montreuil) – qui peut d’ailleurs se visiter lors des journées du patrimoine ou de l’architecture. 

En vrac, on citera aussi le club de football le Ménilmontant 1871 FC qui défend la vision d’un sport populaire, antiraciste, antfasciste. Si leurs matchs se jouent à Bobigny par manque de place à Paris, la Commune et Ménilmontant reste des références pour le club. Un positionnement idéologique proche du Collectif antifasciste Paris 20e (présent sur les réseaux) qui cherche actuellement à contrer la campagne du Rassemblement national dans l’arrondissement. 

On citera aussi le collectif féministe Nous Toutes – Paris 19e et 20e, à l’origine de nombreux collages dans l’arrondissement. La Cantine des Pyrénées, rue de la Mare, “lieu autonome de solidarité et d’entraide”, qui est un important point de ralliement avant les manifestations. Ou le café associatif chrétien Le Dorothy qui porte le nom de l’anarchiste catholique Dorothy Day, et se veut un lieu de justice sociale et d’inclusion des plus démunis. 

Sans oublier l’ensemble du riche tissu associatif qui oeuvre au quotidien au vivre ensemble. On parle d’environ 3 000 associations recensées dans le 20e, dont 870 ont recours aux services de la Maison de la Vie Associative et Citoyenne (MVAC) du 20e (rue Ramus). Ainsi que les nombreux artistes engagés performant sur les murs du 20e, contre la guerre en Ukraine, ou contre Donald Trump. Parmi eux, le talentueux affichiste Dugudus. Ou les messages décalés du Grand Soulagement (“Remplacer les datas center par des graines de courges”, “Remplacer les mâles alpha contre des omega 3”).

 

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