Menuiserie, céramique, couture, conditionnement, rénovation. Les cinq ateliers de l’Établissement et service d’accompagnement par le travail (ESAT) de Ménilmontant, guident près de 153 travailleurs handicapés sur le chemin de l’intégration.

“Le travail occupe une place centrale dans la vie de chaque individu. Quand on est loin du travail, on est loin de la société”. C’est ainsi que Charlie Tripoz, directeur adjoint de l’ESAT Ménilmontant (40, rue des Panoyaux), explique la démarche de son établissement. Cette association à but non lucratif offre un milieu de travail protégé à près de 153 personnes en situation de handicap psychique et mental, allant de 18 à 65 ans. Une initiative bienvenue, quand on sait que le handicap est la première cause de discrimination dans le monde du travail.

A l’ESAT, les cadences de production sont plus lentes et flexibles qu’en entreprise ordinaire. Plus important peut-être, les travailleurs bénéficient d’un accompagnement personnalisé. Une psychologue écoute et participe à l’éveil affectif et sexuel des travailleurs, tandis qu’un agent d’accueil se charge de les aider dans leurs démarches administratives (ouverture d’un compte bancaire par exemple).

Cinq disciplines au choix

Tous les ans, chaque travailleur remplit un questionnaire pour faire le bilan de son année et de ses envies pour l’année à venir. “La base, c’est la volonté du travailleur. Chaque travailleur a son propre projet professionnel, qu’on essaye de réaliser tant qu’il est compatible avec son handicap. Par exemple, un travailleur qui manque de dextérité et qui veut travailler à l’atelier couture, malheureusement on est obligé de le réorienter”, précise Charlie Tripoz.

Chaque travailleur de l’ESAT Ménilmontant a le choix entre cinq disciplines : le conditionnement (qui sous-traite pour des entreprises et représente l’essentiel de l’activité), la menuiserie, l’artistique (céramique et peinture sur soie), la couture et la rénovation. “J’ai toujours dessiné depuis que je suis petit. J’ai appris tout seul”, raconte fièrement un travailleur, penché sur sa peinture de dragon à l’aquarelle. Pendant ce temps à la menuiserie, un passionné d’Egypte antique sculpte un buste de Sobek – dieu crocodile dans la mythologie égyptienne. Habituellement, le pôle menuiserie se concentre surtout sur la fabrication de mobilier sur mesure pour les particuliers. Pensez-y si vous souhaitez réaménager votre appartement !

 

Une gratification d’environ 900 €

Si L’ESAT Ménilmontant rémunère ses travailleurs, ces derniers ne touchent que 55 % du SMIC (environ 900 euros bruts), dont une large part provient de l’Etat. “Les recettes de l’établissement suffisent péniblement à dégager un excédent, que l’on investit directement. On est très loin d’être rentable sans argent public”, explique Charlie Tripoz. A cette gratification pour leur travail, s’ajoute ensuite l’allocation aux adultes handicapés (AAH) que touche tout Français en situation d’invalidité.

Ainsi, les ESAT constituent une main-d’œuvre à bas-coût pour les entreprises qui souhaitent produire en France. Néanmoins, le statut particulier des travailleurs handicapés, qui ne dépend pas du code du travail, leur sert également de protection. En effet, contrairement à un salarié ordinaire, un travailleur handicapé ne peut pas être licencié en cas de comportement inapproprié ou d’absentéisme.

Sur le chemin de l’intégration

Outre la rémunération, l’ESAT Ménilmontant a pour objectif de nourrir l’estime de soi des personnes qui y travaillent. Les ateliers constituent des lieux de socialisation importants. Devant l’atelier de conditionnement, les conversations de couloir entre travailleurs vont bon train : “Je te vois le 7 juin, toi, j’espère?”, demande l’un d’eux. Le 7 juin, c’est la date du tournoi de football inter-ESAT. L’ESAT Ménilmontant a remporté les deux dernières éditions du tournoi et compte bien ramener une troisième coupe à la maison cette année. On souhaite bonne chance aux sportifs !

Pauline Gable

 

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