Passionné de photographie et de sport, Christian (alias Xitean), un dynamique retraité installé dans l’arrondissement, s’est proposé de faire une tournée des associations sportives du 20e pour les aider à mieux se faire connaître. Après le Cercle d’escrime franco-cubain, place à l’Amicale bouliste de Ménilmontant. Avec l’interview de Louis Gabrillargues, son président. 

Louis, vous êtes président de l’Amicale bouliste de Ménilmontant (ABM), mais on peut dire que vous êtes un vrai gars de Ménilmontant ?
« Je suis arrivé en 1957 avec mes parents à Paris. J’étais un môme du 20e avec un père bougnat, rue des Couronnes, qui livrait du charbon dans les maisons sans ascenseur. Je m’occupais de confectionner des « ligots » de 5 kg avec des fils de cuivre. Le ligot était un petit fagot de bûchettes enduites de résine, servant d’allume-feu. Mon grand-père était porteur de suif au Pré-Saint-Gervais, et un autre grand-père éteignait les réverbères au gaz. Dans cet environnement d’après-guerre, mes parents m’ont appris l’importance de la solidarité et du partage dans des moments difficiles. Par exemple, dans les années 1956, des femmes qui travaillaient rue du Pressoir passaient chez le bougnat pour faire réchauffer leur repas dans leurs gamelles au bain-marie sur le poêle Gaudin… C’était gratuit. Alors, quand on voit cela enfant, on comprend ce qu’il faut faire, ce qui est important dans la vie. Aujourd’hui encore, j’essaie de continuer à développer ces valeurs autour de moi, et notamment dans le club. »

Pouvez-vous présenter l’Amicale Bouliste de Ménilmontant en quelques mots ?

« L’association Amicale bouliste de Ménilmontant existe depuis 1974. Depuis 2005, j’assure la présidence, entouré d’équipes de bénévoles qui se sont succédé. Je partage cette tâche avec mon ami Jean-Jacques Robert depuis plus de 15 ans. Le club est axé sur la pétanque, aussi bien en compétition qu’en loisirs. Il est affilié à la Fédération française de pétanque et de jeu provençal. Il existe des différences importantes entre les disciplines essentiellement lié à la distance et au type de boule. Le club a participé aux Championnats de France en 2023, 2024 et 2025. Pour y accéder, il faut avoir été champion de Paris. Il compte 70 licenciés en pétanque dont 15 femmes, mais propose aussi 30 cartes « membres » pour accueillir des personnes en situation de précarité, d’isolement, parfois malades, souvent très âgées, et qui peuvent trouver un lien social réconfortant en partageant des jeux de société, des moments de convivialité ou même des sorties organisées par le club. Ainsi, au club, au-delà de la pétanque, il est possible de discuter du Paris de leur jeunesse avec Huguette, âgée de 92 ans et qui a gardé la gouaille d’Arletty, ou avec bien d’autres personnes ancrées dans le 20ème depuis très longtemps. »

Qu’est-ce qui rend votre association unique dans le quartier ?

« Il est difficile de dire que notre association est unique. Cependant, au-delà du sport et de la pétanque, ce sont des valeurs importantes qui nous caractérisent. Nous veillons à ceux et celles qui nous entourent. C’est aussi simple que d’offrir un morceau de gâteau à une personne âgée, seule sur un banc proche du club, et qui finit par s’intégrer aux autres membres. C’est aussi simple que de partager des moments ensemble, comme danser dans une guinguette avec des personnes issues de toutes les couches sociales. (Un membre qui paie l’ISF côtoie un retraité qui n’a que 800 euros par mois). »

Existe-il d’autres formes d’implication de l’ABM dans la vie du quartier ?

« Nous faisons de notre mieux pour mutualiser nos infrastructures avec d’autres associations. Concrètement, nous mettons à disposition les locaux et du matériel. Ainsi, nous aidons l’association des Retraités Sportifs de Paris, à laquelle nous prêtons des tables et des locaux. Le samedi, c’est une association qui propose notamment des initiations au vélo aux débutants ; le dimanche, c’est un club de gymnastique. »

Un souvenir marquant ou une anecdote à partager ?

« C’est difficile : les événements touchants reviennent souvent en mémoire, et il y en a tellement ! Ce pourraient être les soirées dansantes sur une péniche ou dans une guinguette, une sortie de pêche… Cependant, il en est un dont tous ceux qui y étaient présents parlent encore : un souvenir lié à la pétanque. Un tireur se place dans le rond, tire… et rate la boule, qui prend le cochonnet. Celui-ci est projeté et frappe le front de Madame Boto, assise sur un banc. Un fait si exceptionnel qu’il est resté gravé dans toutes les mémoires. Aussitôt, une bosse de la taille d’un œuf de pigeon apparaît. On apporte de la glace, et nous avons frôlé l’appel aux pompiers… mais finalement, plus de peur que de mal. Et pour clore l’anecdote : sachez que Madame Boto tenait le café dans La Traversée de Paris, avec Jean Gabin et Bourvil. »

À quoi ressemble un entraînement pour un joueur de pétanque ?
« Il existe deux approches. Pour les débutants : le lundi après-midi, il est possible de venir apprendre les bases avec un joueur expérimenté. Au programme : se placer dans le rond, tenir et lancer sa boule, etc. C’est un premier niveau pour permettre à ceux qui n’ont pas encore le niveau de participer aux concours de progresser grâce à de bons conseils. Pour les joueurs expérimentés : la pratique repose surtout sur des parties entre membres du club. Un entraînement individuel et personnel est également possible, comme par exemple faire des tirs pendant une heure chaque matin, répéter le lancer pour « plomber » sa boule. Comme dans tous les jeux d’adresse, la répétition est essentielle pour améliorer son niveau, un peu comme au basket.

Quels sont les défis rencontrés par l’association ?

« C’est vraiment de plus en plus difficile de recruter des bénévoles pour aider et participer à la vie du club. Heureusement, nous pouvons toujours compter sur des personnes dévouées parfois depuis plusieurs années. Mais c’est vrai qu’il est plus confortable d’être servi que de servir. Enfin, il y a une vingtaine d’années, le club comptait des équipes de jeunes qui participaient notamment au Championnat de Paris. Peu à peu, les jeunes ont déserté la pétanque. Il faudrait recréer une dynamique, notamment auprès des scolaires. Heureusement, certaines associations d’autres arrondissements proposent déjà des activités de pétanque pour les jeunes. »

Un projet en cours ou un rêve pour l’avenir ?

« Du point de vue sportif, nous avons un joueur d’exception qui impose le respect, avec un palmarès impressionnant : 50 participations au championnat de France dans les trois disciplines (pétanque, pétanque provençale et lyonnaise). Créer une équipe à son niveau et repartir à la conquête de nouveaux titres est donc à l’ordre du jour. »
>> Amicale bouliste de Ménilmontant, square Emmanuel-Fleury, 54 rue Le Vau, Paris 20e

Le logo de l’A.B.M. à l’entrée du club.

Louis Gabrillargues – Président de l’ABM

L’espace public du Square Fleury

Trois boules par joueur par équipe de deux.

Buvette et inscription lors d’un concours.

Joueur en attente de son tour.

Cercle délimitant l’emplacement du joueur.

Joueur qui lance la boule pour pointer ou tirer.

Le point à savoir la boule la plus proche du cochonnet n’est pas évident.

Première évaluation.

Mesure du point

Technique pour récupérer les boules

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