À l’origine, l’exposition de cet artiste ukrainien ne faisait pas directement référence à la guerre. Pour sa première exposition personnelle à l’étranger, Roman Mykhailov a créé une série de toiles autour de la honte comme expérience intime. Mais certaines oeuvres ne sont jamais arrivées. 

Dix grandes toiles et un triptyque de petit format ont quitté Kyiv pour Paris par la poste. À travers son travail, l’artiste peintre Roman Mykhailov invitait à regarder la honte non plus seulement comme une expérience intime, mais comme un phénomène façonné par la culture et le regard des autres. Mais, des bombardements russes ayant provoqué des incendies dans des entrepôts ukrainiens ont changé le cours de l’exposition : l’un des cartons a disparu dans les incendies et le triptyque a brûlé. Au sein de la galerie, KOLO Community Space, il a été décidé de ne pas remplacer les œuvres disparues.

Les murs de la mezzanine de resteront ainsi vides, en hommage aux toiles perdues, tandis que les grandes toiles de cinq mètres sont présentées au rez-de-chaussée. Cet incident fait écho, de manière particulière, au parcours de l’artiste : en 2015, Roman Mykhailov avait déjà réalisé à Saint-Merri une installation autour d’une immense toile et de papier brûlé — une matière qui faisait alors partie de son travail, bien avant que l’exposition actuelle ne soit rattrapée par la guerre.

À propos de l’artiste. Roman Mykhailov est né en 1989 à Kharkiv ; il vit et travaille à Kyiv. Diplômé de l’Académie d’État de design et d’arts de Kharkiv, il développe une pratique centrée sur la mémoire, le corps et l’expérience personnelle, à la croisée du vécu individuel et collectif. Son travail a notamment été présenté au Ludwig Museum of Contemporary Art de Budapest, à la NordArt en Allemagne et à la Saatchi Gallery de Londres.

À propos de Kolo Community Space. Kolo – qui signifie « cercle » en ukrainien – est un espace culturel indépendant, pensé comme un lieu de passage plutôt que de vitrine : artistes, chercheurs et créateurs, ukrainiens et internationaux, s’y croisent, s’y répondent et y expérimentent ensemble. Fondé par l’architecte Martin Duplantier, le lieu est animé par une équipe pluridisciplinaire d’artistes, de commissaires et de chercheurs, qui en façonnent la programmation au fil du dialogue plutôt que d’un plan fixé d’avance.

>> L’exposition Bad Form est actuellement visible à Kolo Community Space, 10 rue Henri Chevreau, jusqu’au 26 septembre, du mercredi au dimanche, de 12h à 19h. Entrée libre.

Roman Mykhailov dans son atelier à Kyiv © Sofiia Pashchak

L’exposition, à Ménilmontant, dans le 20e arrondissement de Paris.

——————————

A lire aussi :

L’Ile des serpents : du street art en soutien à l’Ukraine, signé Tempo Nok

Belleville : un collage du street artiste Ozmo pour la paix en Ukraine

Collage politique : le clash entre Trump et Zelensky s’affiche sur un mur du 20e arrondissement de Paris

Villa Belleville : des ateliers individuels et partagés pour soutenir la jeune création