« Le Ballon Rouge » est un court-métrage de 34 mn (34 minutes tournées en 35 millimètres, ça fait tout de même près d’un kilomètre de pellicule !). Cette comédie, marquée par le réalisme, a été réalisée, écrite et produite par Albert Lamorisse (1922-1970). Sortie en salles en 1956, elle obtient la palme d’or au festival de Cannes cette même année, puis beaucoup d’autres récompenses.
C’est aussi une œuvre familiale puisque le héros Pascal est le fils du réalisateur, sa fille Sabine a un petit rôle à la 20e minutes, elle promène un ballon bleu en rencontre son frère. Les garçons jumeaux, chaperons rouges et ballons bleu à la 30e minute, sont les neveux (David et Renaud) du chef opérateur Edmond Séchan. Le film peut être trouvé en intégralité sur internet, et c’est un plaisir de remonter le temps en reconnaissant certains sites. Bien sûr la rue Vilin avec ses escaliers et les terrains vagues, devenus le parc de Belleville, où les enfants se bagarrent, ont disparu. Mais d’autres sites sont toujours là et plutôt rafraîchis par rapport à cette dure époque d’après-guerre. En voici une sélection :
L’arrêt Pyrénées-Ménilmontant du bus à plateforme arrière, devant le mur du Carré de Baudoin, aujourd’hui dédié à l’art de rue. On est loin du bleu tendre des bus électrique d’Île-de-France mobilité.

L’école communale de Pascal, le héros, a disparu suite à la rénovation du quartier de la Place des Fêtes. Ce n’était pas une école-oasis comme aujourd’hui, mais une école préau-marronniers. À la sortie de la classe les enfants s’égaillaient dans la cour, et ils égayaient leurs jeux avec les marrons d’automne.

L’huissier de l’église Notre-Dame-de-la-Croix à Ménilmontant. Métier disparu.

Les jumeaux Séchan. Voici ce qu’en disait le chanteur Renaud Séchan : « C’est dans ce film que j’ai obtenu mon premier
rôle : j’avais trois ans et mon tonton était chef opérateur sur le film. Ils avaient besoin de jumeaux pour faire de la figuration : marcher dans la rue avec un petit ballon à la main et d’un coup le ballon s’envolait pour rejoindre tous les ballons de Paris qui emportaient le petit enfant, le héros du film, dans le ciel. » « Je n’oublierai jamais cette matinée de printemps où nous avons passé trois heures sur le trottoir avec notre petit ballon accroché à un fil de nylon, qu’un type avec une perche nous arrachait des mains et qu’après on ne voulait plus lâcher. Il a fallu faire la prise une dizaine de fois. J’avais trois ans et je me revois encore, ce doit être mon plus vieux souvenir.» L’intégrale Renaud page 37 Édition City.

La poésie du ballon rouge se retrouve, en 2002, dans l’œuvre de l’artiste de rue Bansky. Il a choisi une petite fille et donné au ballon la forme d’un cœur, mais le message n’est-il pas le même que dans le vieux film de nos quartiers ?
Alain Marcel Dequier

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