Admirateurs et proches du chanteur étaient réunis ce mercredi 28 janvier à Paris, dans le quartier Saint-Fargeau, pour rendre hommage à une figure de la chanson protestataire des années post-mai 68.
« Comment ne pas s’honorer d’un artiste libre, de la chanson militante, de la tendresse rugueuse qui pique là où il faut ? », interroge Annie Gafforelli, adjointe au maire du 20e arrondissement de Paris, perchée sur une petite estrade devant une foule de regards approbateurs. Ses mots sonnent comme une évidence pour la cinquantaine de personnes réunies à Paris ce mercredi 28 janvier, à l’occasion de l’inauguration d’une place au nom du chanteur François Béranger. Tous, ou presque, ont grandi en vibrant sur les mélodies de cet artiste engagé contre les injustices, devenu célèbre dans les années 1970 et disparu il y a plus de 20 ans.
En cette froide soirée d’hiver, musiciens, représentants de la mairie de Paris et proches de François Béranger se sont ainsi succédé au micro pour rendre hommage à une figure du chant militant français. Veste en cuir sur le dos, le chanteur Sanserino, fidèle interprète de l’œuvre de François Béranger, entonne quelques morceaux de son répertoire en grattant sa guitare. Chaque fois, les applaudissements, les sifflements et les bravos fusent. « Mais peut-être que pour nous, nous les vieux de demain, la vie aura changé. En s’y prenant maintenant, nous-mêmes et sans attendre, à refaire le présent », reprend un public de cheveux grisonnants lors du refrain de la chanson « Le Vieux ».
Écologie et décolonialisme
Symbole de l’esprit libertaire qui régnait en France après mai 68, François Béranger commence sa vie d’artiste en temps que comédien dans un troupe de théâtre amateur qui arpente l’Hexagone. C’est seulement à son retour de service militaire en Algérie, où il est marqué par les exactions de l’Armée française en Afrique, qu’il compose ses première chanson. Son plus grand succès populaire, « Mamadou m’a dit », sorti en 1979 prône un message décolonial et antiraciste.
« Lorsque j’évoque François Beranger, un vent de fraîcheur vient ébouriffer ma mémoire. C’était un homme inspirant qui nourrissait nos valeurs. Je suis restée fidèle à son utopie joyeuse » confie la conteuse Brigitte du Pontavice, avant d’entamer la lecture d’un extrait du livre « Des rats zailés et des zhommes ». Écrite par François Béranger dans les années 1990, cette fable fantastique porte une morale écologiste précurseure. « Il voulait juste nous dire ‘Faites gaffe, la planète est en colère, prenez soin d’elle », résume simplement la conteuse.
L’adjointe à la Maire de Paris en charge de la mémoire, Laurence Patrice, a quant à elle tenu à remercier François Béranger « de nous avoir appris, à l’âge crucial de l’adolescence, à aiguiser notre esprit critique. » Et d’ajouter, empreinte d’une touche de passéisme : « Vous avez remarqué ? Le monde va encore plus mal depuis que François Béranger et d’autres chanteurs à texte ne sont plus là pour le secouer. »
En fin de soirée, Stéphane Béranger, le fils du chanteur, a dévoilé la plaque qui ornera la nouvelle place, au croisement de la rue Haxo et de la rue Darcy (20e arrondissement de Paris). Dans l’audience, plusieurs riverains ont insisté sur l’alignement des valeurs du quartier avec celles de François Béranger. « C’est important pour moi d’avoir un havre d’anarchie et de pensée libre dans le 20e », estime Ute. « C’est un rappel que l’arrondissement est une terre d’accueil« , abonde Daniel. Si François Béranger, originaire du Loiret, n’est pas né dans le 20e arrondissement, il semble y avoir trouvé une place.
Pauline Gable
Stéphane Béranger, fils du chanteur François Béranger, dévoile la plaque qui sera clouée au croisement de
la rue Haxo et de la rue Darcy (20 e arrondissement de Paris).
Le chanteur Sanseverino rend hommage au chanteur François Béranger
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