La vie animale du 20e arrondissement de Paris est plus riche que vous ne le pensez. La preuve avec les photos d’un passionné, Thibault Noirot @eko_thib, qui vit et travaille à deux pas du cimetière du Père-Lachaise. Nous vous avions déjà partagé il y a quelques mois l’une de ses photos, qui avait remporté le concours « nature sauvage à Paris ». Il s’agissait d’un troglodyte mignon qui semblait assoupi. 

On profite de ce début d’année pour agrandir la collection, avec une nouvelle série de photos prises au Père-Lachaise, à la Cité Aubry, dans les jardins ou au pied des immeubles du 20e arrondissement, qu’il a accepté de nous partager. A 26 ans, ce développeur informatique et sound designer pour le cinéma, aime à “guetter les micro-scènes”. Ce peut-être un oiseau qui se pose au bon endroit, un prédateur qui traverse, un chat qui “habite” le décor. “Chaque image est prise sur le vif, mais c’est aussi une manière de raconter Paris autrement, comme une ville où le vivant trouve encore des interstices”, explique-t-il.

 

Rouge-gorge (Père-Lachaise, 11 novembre). « Cette photo a été prise un 11 novembre, un jour où le Père-Lachaise a une atmosphère particulière : plus de recueillement, plus de silence, et une sensation de temps suspendu. Le rouge-gorge, avec sa poitrine orange, s’est posé sur une croix moussue, d’une façon presque fière. Dans un lieu comme celui-ci, la mousse, la pierre, les feuillages et les oiseaux racontent aussi le passage du temps. Sur le moment, je n’imaginais pas que cette rencontre entre mémoire humaine et présence vivante susciterait autant de réactions. »

Chat (Père-Lachaise).  Au Père-Lachaise, les chats font partie du paysage depuis longtemps. On les croise comme des habitants à part entière : certains sont très sociables, d’autres restent à distance, mais ils connaissent le lieu par coeur. Il existe aussi des chats libres, parfois issus de colonies installées depuis des années, et suivies par des associations ou des personnes du quartier : nourriture, surveillance, parfois stérilisation. Cette photo raconte ce quotidien discret, au milieu des monuments, loin du cliché d’un lieu figé. »


Mésange bleue (Cité Aubry)
. « Cette image a été prise à la Cité Aubry, un endroit où la verdure crée une vraie bulle au coeur du quartier. La mésange bleue est arrivée très vite, et j’ai eu cette fraction de seconde où elle ouvre les ailes comme un petit vitrail vivant. C’est exactement ce que je cherche en ville : quelque chose de minuscule et ultra dynamique, qui transforme un simple buisson en théâtre. On est à Paris, mais pendant une seconde, on est ailleurs. »

Chouette hulotte (Père-Lachaise). « Elle était là, posée sur une branche, dans une immobilité totale. Si je n’avais pas levé les yeux au bon moment, je serais passé à côté sans la voir. C’est tout le paradoxe de la chouette hulotte au Père-Lachaise : une présence à la fois massive et parfaitement invisible. Celle-ci arbore un plumage roux, une teinte chaude qui diffère de la forme grise souvent représentée dans les livres. Cette couleur lui permet de se confondre à la perfection avec l’écorce et les feuilles mortes, comme si elle portait les couleurs du cimetière. »

Héron cendré (jardin Pierre-Emmanuel). « Ce jardin a une petite mare où l’on voit parfois les poissons rouges proliférer. Et quand ça arrive, le héron cendré vient “faire sa tournée”. Il se pose, il observe, et il profite d’une chasse facile, presque mécanique, comme un régulateur naturel. La scène est impressionnante parce qu’elle a un côté documentaire, mais à l’échelle d’un jardin de quartier. Le gros plan met l’accent sur sa précision, sa patience, et sur cette réalité simple : la nature s’organise, même en pleine ville. »

Perruche à collier (Père-Lachaise). « Elle s’est posée sur un buste ancien, et le contraste était parfait : patrimoine, pierre, mémoire, et un oiseau très contemporain de la ville. J’ai pris la photo pour cette collision élégante entre l’histoire du lieu et une nature urbaine qui se réinvente. Au Père-Lachaise, on a souvent l’impression d’un musée vivant. »

Renard (Père-Lachaise). « Cette photo est liée à un moment rare. Je l’ai aperçu de dos, et il est resté visible plusieurs minutes, ce qui est inhabituel. Même en venant très régulièrement, croiser un renard ici n’a rien de banal. Ce qui m’a marqué, c’est l’impression d’apparition : l’allée devient une lisière, le cimetière ressemble à un sous-bois. J’ai déclenché sans bouger, en essayant de respecter la scène. Ce genre de rencontre, on ne la provoque pas, on la reçoit et je m’en souviendrai longtemps. »

Roitelet huppé (Père-Lachaise, novembre). « Le roitelet huppé est minuscule, nerveux, curieux, et sa petite huppe jaune lui donne un air de micro-roi. Je l’ai photographié en novembre, pendant une phase où il était très actif, presque en “parade” dans le feuillage. Ça pose aussi une question de saison : on sent parfois des automnes plus doux, des rythmes un peu décalés. Sans tirer de conclusion hâtive, ce sont des scènes qui font réfléchir. Et c’est exactement ce que j’aime dans ces observations : elles sont belles, mais elles racontent aussi quelque chose. »

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