Le compte à rebours est lancé avant les élections municipales qui se tiendront les dimanches 15 et 22 mars. En tant que média local indépendant, nous avons cherché à interviewer tous les candidats, en leur soumettant les mêmes questions. Voici les réponses de François-Marie Didier, candidat soutenu par Les Républicains, le Modem, l’UDI et le Parti Radical.

1/ Pouvez-vous vous présenter ?
« Je m’appelle François-Marie Didier, comme mon grand-père que je n’ai malheureusement pas connu. Je suis né sur les bords de la Garonne, à Toulouse, il y a 45 ans. Comme beaucoup de provinciaux, je suis « monté » à Paris pour travailler, après mes études de droit. C’était en 2005. Je suis père de deux enfants. J’ai travaillé dans deux grands groupes français spécialisés dans les métiers de l’environnement et de l’énergie. Je suis élu du 20e arrondissement depuis juin 2020 comme conseiller d’arrondissement, conseiller de Paris et de la Métropole du Grand Paris. En septembre 2021, j’ai été élu Président du SIAAP (Syndicat Interdépartemental pour l’Assainissement de l’Agglomération Parisienne), le service public qui traite chaque jour les eaux usées de près de 9 millions de Franciliens et qui a été l’un des grands artisans de la réussite des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris, en 2024, en réalisant toutes les grandes infrastructures qui ont permis la baignade dans la Seine. Le SIAAP c’est la continuité des grands travaux d’Eugène Belgrand en quelque sorte. Il ne vous étonnera donc pas que je vous dise que je suis un passionné d’histoire et notamment celle du Second Empire. En tant que Toulousain, je suis évidemment un amoureux du ballon ovale et un supporter du Stade Toulousain. »

2/ Depuis quand vivez-vous dans le 20e ? Dans quel quartier précisément ?
“Je me suis installé dans le 20e arrondissement à la naissance de mon premier enfant, en 2018. »

3/ Pourquoi vous présentez-vous en tant que tête de liste dans le 20e arrondissement de Paris ?
“J’étais déjà tête de liste dans le 20e en 2020. Depuis 6 ans, j’incarne l’opposition dans notre arrondissement. Encore plus aujourd’hui dans la mesure où les adversaires de M. Pliez au conseil d’arrondissement sont sur sa liste et font campagne avec lui : Mme Simonnet et M. Sorel. Mes constats sont les mêmes et certaines problématiques ont empiré depuis 2020 : Paris est une ville de plus en plus sale, une grande partie des logements sociaux que je visite sont dans un état lamentable, Paris est une ville très endettée avec près de 12 milliards de dette (contre 5 milliards en 2014…), l’espace public est très dégradé dans certains quartiers… Je souhaite mettre fin au déclin de notre ville. C’est tout le sens de mon engagement et de mes travaux au Conseil de Paris depuis 6 ans. La gauche dirige cette ville depuis 25 ans, le 20e depuis 30 ans. L’alternance, c’est vertueux en démocratie ! Je pense que ceux qui dirigent la ville et l’arrondissement se sont éloignés des Parisiens, de leurs réalités, de leurs problèmes. C’est normal après un quart de siècle au pouvoir. Je l’ai constaté ces 6 dernières années en tant qu’élu et habitant de l’arrondissement : manque de concertation, manque de considération, manque d’empathie, refus du dialogue. En tant que Maire, je renouerai ce dialogue avec les habitants pour rétablir la confiance qu’Eric Pliez a rompu en 2021 avec son projet de salle de shoot dans une ancienne école rue Pelleport, qui fut le moment de bascule du mandat. J’étais le seul élu à m’opposer à ce projet et me tenir aux côtés des habitants. Heureusement, leur formidable mobilisation a fait reculer la Mairie et la ville de Paris. Si la gauche est élue le 22 mars, ils ont annoncé l’ouverture de nouvelles salles de shoot, à Paris.

4/ Quelle sera votre première action de début de mandat ?
“Je serai un Maire du quotidien. Je souhaite désigner au sein du conseil municipal plusieurs élus qui auront en charge, en plus de leur délégation, la responsabilité d’un quartier pour que les habitants puissent les contacter dès qu’ils ont un problème. Mes priorités sont la propreté, la sécurité et les familles. Ce sont en tout cas les problématiques que je constate sur le terrain dans cette campagne avec la qualité des repas de nos cantines scolaires (c’est bien de parler de bio mais avec moi on parlera de bon avant tout) et les difficultés avec les bailleurs sociaux, notamment le scandale qui a éclaboussé Paris Habitat, présidé par Eric Pliez. J’organiserai donc dès les premières semaines de mon mandat des réunions publiques avec les habitants pour agir concrètement face à toutes leurs difficultés. Quand on est élu, on est là pour régler les problèmes, pas pour se faire plaisir comme c’est le cas depuis trop longtemps.
” 

5/ Alors que la propreté apparaît comme l’une des insatisfactions majeures dans le 20e ardt, que proposez-vous ?
« Une ville sale est une ville qui renonce. Trottoirs encombrés, poubelles qui débordent, dépôts sauvages : la saleté est devenue le quotidien des Parisiens. Chaque jour, ils la dénoncent et la subissent. Il y a plus de 6 millions de rats, ce qui est un scandale sanitaire. Cette situation est le résultat de 25 ans de renoncements et de mauvais choix politiques. Je souhaite une réorganisation de la direction de la propreté, avec davantage de pouvoirs seront confiés aux maires d’arrondissement (autorité hiérarchique et fonctionnelle sur les agents de propreté, pour organiser, prioriser et contrôler efficacement leurs interventions). La collecte des déchets ménagers sera déléguée, car aujourd’hui elle est partagée entre régie municipale et entreprises privées, générant des écarts de qualité de service entre les arrondissements. Cette privatisation nous permettra de redéployer les agents municipaux vers le nettoyage des rues et des espaces verts, au plus près du terrain, et de renforcer le tri pour répondre aux ambitions écologiques de la capitale. De plus, des brigades de la propreté agiront comme de véritables équipes d’intervention d’urgence, prêtes à faire face aux incivilités et à les verbaliser : dépôts sauvages, tags… »

6/ Que proposez-vous en termes de mobilités dans le 20e arrondissement ?
Après 20 ans à Paris, il est clair qu’on circule moins bien. C’est normal, il n’existe aucun schéma de circulation global pensé à l’échelle de Paris. Nous en créerons un qui révisera les plans de mobilités actuels inefficaces qui paralysent Paris et génèrent de la pollution. Tous les modes de déplacements seront pris en compte : voiture, vélos, marche, transports en commun. Nous instaurerons un nouveau tarif résident unique, à un tarif abordable et plus uniquement dans leur quartier. Il faut que les familles, les commerçants et artisans puissent circuler et donc se garer à un tarif qui ne soit pas confiscatoire au-delà des trois rues autour de leur domicile. Nous reviendrons aussi à la gratuité du stationnement pour les deux-roues motorisés lorsqu’ils stationnent sur leurs emplacements réservés. Nous investirons pour la mise en accessibilité du métro pour les personnes handicapées, ce que refuse de faire la Mairie actuellement. Des parkings relais seront construits sur les terrains délaissés aux portes de Paris pour encourager l’usage des transports en commun. En partenariat avec la Région, nous développerons un Vélib entièrement régional et je milite pour la création d’une piste cyclable sécurisée rue des Pyrénées. Je prends l’engagement de repenser la Place Gambetta qui est totalement embouteillée, chaque jour, avant la fin de l’année 2026. Enfin, n’oublions pas que la marche reste le principal mode de déplacement et le plus écologique. Pour cela nous protègerons les piétons, par la rénovation des trottoirs.

7/ Manque de place en crèche, écoles mal entretenues, défaillances dans le périscolaire… que préconisez-vous pour rassurer les familles du 20e ?
Il ne s’agit pas de « défaillances » mais de violences physiques et sexuelles contre des enfants ! Nous dénonçons ce scandale depuis des années. C’est un scandale pour lequel ceux qui n’ont rien fait devront répondre de leur responsabilité. Nos mesures d’urgence sont simples : d’abord, « un enfant ne doit plus se retrouver seul avec un adulte » grâce au renforcement immédiat des équipes d’animateurs et à la mise en place de binômes obligatoires en permanence ; ensuite, un contrôle approfondi des antécédents de tous les candidats à l’animation, avec vérification du casier judiciaire et passage au fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes pour tous les animateurs, qu’ils soient titulaires, contractuels ou vacataires ; empêcher l’entrée de nouveaux pédocriminels dans les écoles (aucun animateur remplaçant de dernière minute et fin des interventions d’associations sur le temps périscolaire) ; sans oublier la création d’une cellule psychologique dans chaque école concernée. S’agissant des places en crèche : aujourd’hui, 20 à 50% ne sont pas pourvues parce que la Ville n’arrive pas à recruter des auxiliaires de puériculture qui, pour la plupart, habitent en dehors de Paris. Ces personnels seront prioritaires pour l’accès au logement social et arriver à l’objectif de 100% de places en crèche pourvues. Pour faciliter la vie des parents, les horaires d’accueil seront élargis dans les crèches et les écoles. Nous rétablirons la semaine de 4 jours à l’école, de 8h30 à 16h30. Le mercredi sera sanctuarisé pour un temps périscolaire de qualité, qui mobilisera des animateurs mieux diplômés et contrôlés régulièrement. Un temps d’études dirigées après l’école sera aussi créé. C’est une mesure de justice sociale. Enfin, nous lancerons donc un grand plan de rénovation des écoles parisiennes. »

8/ Quelles sont vos propositions pour améliorer l’inclusion dans l’arrondissement (précaires, SDF, racisé.e.s, handi.e.s, LGBTQIA+…) ?
Je considère qu’améliorer l’inclusion, c’est faire en sorte que chacun puisse trouver sa place dans notre arrondissement, quelles que soient ses origines, sa situation sociale ou son parcours de vie. Notre programme prévoit des mesures concrètes. Nous créerons notamment des Maisons de la parentalité afin d’accompagner les familles, orienter les parents et prévenir les situations de fragilité. Nous agirons également pour les personnes en situation de handicap. Cela passe par l’accélération de la mise en accessibilité des équipements municipaux, mais aussi par l’adaptation de l’espace public, car aujourd’hui beaucoup de trottoirs et de chaussées restent difficiles à pratiquer. Chacun doit pouvoir vivre et circuler dans notre arrondissement en sécurité et dans le respect, notamment les personnes LGBTQIA+, afin que chacun puisse participer pleinement à la vie de notre arrondissement. Enfin, notre arrondissement a connu des actes antisémites ces derniers mois, ce qui est inacceptable. Je ferai donc de la lutte contre l’antisémitisme une priorité. »

9/ Comment vous positionnez-vous par rapport au projet immobilier Télégraphe, consistant en une densification de constructions. Voulez-vous arrêter cette pratique ou la poursuivre ?
« J’ai rencontré les riverains et j’ai également déposé un vœu contre ce projet lors du dernier Conseil de Paris, en février dernier. Au moment de l’approbation du Plan Local d’Urbanisme bioclimatique en novembre 2024, nous avions également déposé un amendement visant explicitement l’inscription de l’immeuble situé au 51-53 rue du Télégraphe au Patrimoine de la Ville de Paris afin d’en garantir la protection. La gauche parisienne a refusé ! Ce n’est pas le premier projet de ce type dans l’arrondissement. Je m’étais battu contre des surélévations au 52 rue Stendhal, au 55 rue des Prairies, Impasse des Chevaliers (où un arbre centenaire avait été abattu !), ou encore Cour des Métairies. Toujours la même méthode : passage en force de la Mairie sans concertation avec les habitants. Aux habitants de ne plus voter pour cette équipe municipale et de choisir ceux qui les écoutent, les soutiennent vraiment. »

10/ Quels sont vos souhaits pour le futur de la Maison de l’Air et de La Flèche d’Or ?
« S’agissant de la Flèche d’Or, j’ai malheureusement assisté à sa transformation depuis quelques années en un lieu militant qui exclut et stigmatise. Je considère que l’argent public ne doit pas être utilisé à des fins militantes ou idéologiques. Maire du 20e, j’y mettrai fin. Sachez que je garde de très bons souvenirs de la Flèche d’Or quand c’était encore une salle de concerts. J’aimerais donc qu’elle redevienne un lieu musical dédié aux jeunes artistes français et internationaux. La Ville de Paris subventionne bien depuis de très nombreuses années la Bellevilloise qui est pourtant un établissement privé. J’ai d’ailleurs dénoncé très régulièrement en conseil de Paris ces subventions qui se chiffrent en centaine de milliers d’euros. La Maison de l’Air, c’est un véritable scandale et encore du gaspillage d’argent public. Depuis 2022, j’ai interrogé, chaque année en conseil de Paris, les élus de la ville sur leur vision, leur projet pour la Maison de l’Air. On m’a rarement répondu et encore moins convaincu. Il faudra déjà attendre les travaux de réhabilitation de ce lieu (environ 4 millions d’euros). Je relancerai un nouvel appel à projets pour le futur de la Maison de l’Air. Je ne suis absolument pas en phase avec celui voulu par Éric Pliez qui est d’ailleurs très opaque. »

11/ Avez-vous des lieux fétiches à nous recommander dans le 20e ?
Le vieux Belleville rue des Envierges pour l’ambiance, les plats si français et le propriétaire de ce restaurant, une figure si appréciée du quartier. L’escargot d’or, torréfacteur de café rue de Bagnolet. Et à quelques semaines de Pâques, une belle adresse pour acheter des œufs en chocolat que Gilles, le patron, fabrique lui-même. La Place Saint-Blaise, ses pavés, son église, son cimetière et la rue Saint-Blaise qui descend avec ses restaurants et ses boutiques. Un quartier où je me sens bien et qui me ramène en enfance dans les villages du sud-ouest, mes racines. »

 

Photos prises le 11 mars, avenue de la porte de Ménilmontant, par Siméon Brand

 

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