Le compte à rebours est lancé avant les élections municipales qui se tiendront les dimanches 15 et 22 mars. En tant que média local indépendant, nous avons cherché à interviewer tous les candidats, en leur soumettant les mêmes questions. Voici les réponses de Benjamin Guignard de la liste NPA-Révolutionnaires. 

1/ Pouvez-vous vous présenter ?
« J’ai 44 ans et je travaille dans l’assainissement de l’eau. Mon engagement militant au travail m’oppose aux dirigeants d’un grand groupe privé dont le but est de faire des profits sur des services publics essentiels. J’ai participé à la bataille sociale contre la retraite par points de 2019. Les discussions et l’énergie des assemblées interprofessionnelles m’ont particulièrement marqué. La grande lutte des sans-papiers de 2010 a éclairé ma prise de conscience. Par la grève et leur organisation, plus de 6000 travailleurs, dont l’essentiel des droits étaient bafoués, ont montré qu’ils pouvaient faire reculer Sarkozy et des patrons racistes. Les injustices m’ont toujours révolté. C’est pourquoi depuis sa fondation, je milite au NPA Révolutionnaires. »

2/ Depuis quand vivez-vous dans le 20e ? Dans quel quartier précisément ?
“Je vis dans le 20e arrondissement depuis 10 ans dans le quartier des Hauts de Belleville. »

3/ Pourquoi vous présentez-vous en tant que tête de liste dans le 20e arrondissement de Paris ?
“Ce quartier est encore très populaire et on veut s’adresser aux jeunes, aux travailleurs et travailleuses, aux retraités, pour proposer une alternative à tout ce qu’on nous assène quotidiennement, qu’on devrait subir sans rien dire, que mettre un bulletin de vote suffirait à changer nos vies. C’est un arrondissement où vivent beaucoup de résistances et de solidarités de notre classe sociale. C’est essentiel de le mettre en avant car nous subissons la violence de classe et toutes les oppressions de cette société. Le NPAR se fait le relais par exemple des luttes des mineurs isolés du parc de Belleville et nous participons activement aux manifestations pour exiger justice et vérité pour El Hacen Diarra. Le sens de mon militantisme, c’est d’organiser nos luttes à partir de la base, qu’on soit une femme, un homme, quel que soit notre couleur de peau ou notre religion. Dans mon bureau, les collègues immigrés constituent 50% de l’effectif. Comme tout le monde, ils subissent sous-effectif et bas salaires. Et en prime, les patrons et l’Etat leur infligent des galères supplémentaires. Dans cette société capitaliste, on nous divise en discriminant particulièrement les femmes et ceux qui n’ont pas les bons papiers ou couleurs de peaux. Notre force est dans l’unité de la classe ouvrière !”

3/ Quelle sera votre première action de début de mandat ?
“Notre candidature, c’est d’abord la voix des luttes des travailleuses et des travailleurs. Parce qu’on pense être en mesure de changer les choses. Toute l’aide qu’on pourra fournir, tous les moyens dont dispose un maire, on veut les mettre au service des mobilisations. Si la liste Paris Ouvrière et Révolutionnaires recueille un nombre de votes significatif, c’est que des travailleurs auront pris conscience de la force que représente la classe ouvrière, qui fait tourner toute cette société. Nous sommes les “essentiels”, comme disait le gouvernement pendant le Covid… qui a tôt fait de l’oublier ! Et il est urgent de renverser ce système capitaliste. Nous n’allons donc pas gérer les affaires des bourgeois. Être révolutionnaires au conseil municipal c’est aller prendre des informations, et mettre en avant les intérêts et les luttes des travailleurs.” 

4/ Alors que la propreté apparaît comme l’une des insatisfactions majeures dans le 20e ardt, que proposez-vous ? « Les mieux placés pour organiser la propreté à Paris, ce sont les travailleurs du secteur. Quand les éboueurs font grève, c’est pour l’augmentation légitime de leurs salaires et aussi pour des conditions de travail qui permettent un service public de qualité. C’est donc leurs revendications qu’il faut écouter, et il faudrait même qu’ils aient le contrôle de ce service ! Un inventaire des moyens est nécessaire et un autre pour les besoins réels des usagers. Il faut, embaucher dans le service de propreté comme dans les autres services publics, à hauteur des besoins ; la retraite à 50 ans pour les métiers pénibles et insalubres et à 60 ans pour les autres catégories avec surtout 37,5 annuités de travail pour toucher le taux complet. La fin de délégation de ces services au privé financera un service de qualité en récupérant l’argent qui part aujourd’hui en dividendes aux actionnaires. Lors du mouvement de grève pour nos retraites en 2023, les éboueurs et égoutiers étaient très mobilisés et ont mené des actions coordonnées avec les autres secteurs en lutte. Il faudra aller plus loin et arracher le contrôle de la société, nous en sommes capables. »

5/ Que proposez-vous en termes de mobilités dans le 20e arrondissement ?
“Là aussi il s’agit d’augmenter les moyens du service de transports publics. Et les adapter aux besoins. D’ailleurs ils devraient être entièrement financés par les employeurs. Eux qui sont de plus en plus perfusés grâce aux impôts, que les gros actionnaires ne payent pas, et aux taxes dont la TVA. C’est inadmissible que se déplacer avec une poussette ou un fauteuil roulant soit un parcours du combattant. Les salariés de la RATP sont les premières victimes de ces manques qui entraînent des agressions et des accidents. Et c’est eux qui savent le mieux comment tout ça devrait être organisé.. J’ai participé avec eux aux grandes grèves empêchant le système de retraite par points d’être mis en place. Ce genre d’unité, c’est l’arme des travailleurs, et c’est ce qui nous permettra de gagner sur nos revendications.”

6/ Manque de place en crèche, écoles mal entretenues, défaillances dans le périscolaire… que préconisez-vous pour rassurer les familles du 20e ?
“Il faut des vrais moyens pour embaucher et former tous les agents qui travaillent pour l’enfance, et la petite-enfance, ainsi que l’organisation d’assemblées générales avec les usagers pour définir les besoins. Les salariés du périscolaire étaient d’ailleurs en grève le 20 février pour dénoncer les mesures de répression qui vont à l’encontre des besoins réels : revaloriser les métiers de l’animation, embaucher et former des agents.” 

7/ Quelles sont vos propositions pour améliorer l’inclusion dans l’arrondissement (précaires, SDF, racisé.e.s, handi.e.s, LGBTQIA+…) ?
“Contre les violences de la police ou d’autres groupes fascisants, des comités de vigilance ou groupe antiraciste existent déjà, mais cette forme d’auto-organisation pourrait se développer et assurer notre sécurité. Immaginez si les travailleurs de chaque entreprise ou corps de métiers élisaient régulièrement des services d’ordre tel que les gilets jaunes le faisaient sur les ronds-points. Et qu’ils disposaient des moyens nécessaires… C’est dans la lutte politique que la classe sociale des exploitées trouvera des solutions à ses problèmes ; pas en confiant la gestion de son quotidien à des politiciens professionnels. Aux États-Unis, la population de Minneapolis, en lutte contre la police de l’immigration l’a bien montré. C’est grâce à leur capacité d’organisation qu’il ont fait reculer Trump. »

8/ Comment vous positionnez-vous par rapport au projet immobilier Télégraphe, consistant en une densification de constructions. Voulez-vous arrêter cette pratique ou la poursuivre ?
“Pour ce qui est de l’immobilier, il est plus qu’urgent d’interdire les expulsions et de réquisitionner les logements vides ! Des gens dorment dans la rue.Il y a des bidonvilles partout en région parisienne, mais il faudrait respecter la propriété privée et le droit de spéculer ? Cette morale n’est pas la nôtre. Il faut renouer avec les occupations en masse de locaux vides et mener une campagne déterminée sur ce sujet. C’est possible, et cela a déjà eu lieu en France, en Allemagne, en Grèce. Cela fait partie de l’histoire ouvrière. Construire ou pas des logements, c’est un sujet qui ne doit pas être laissé aux promoteurs immobiliers. L’intérêt de la majorité doit être respecté à Télégraphe comme ailleurs.. “

9/ Quels sont vos souhaits pour le futur de la Maison de l’Air et de La Flèche d’Or ?
“Les lieux communs manquent. Des associations comme le Baranoux sont menacés de fermeture. Il faut permettre aux travailleurs et leurs familles qui ne disposent pas de bien privés de se réunir, d’échanger… Et pourquoi pas discuter politique ?.”

10/ Avez-vous des lieux fétiches à nous recommander dans le 20e ?
La Cantine des Pyrénées et le Dorothy sont des lieux associatifs qui organisent et accueillent tous ceux qui se mobilisent ou ont besoin de la solidarité des autres. Il y a régulièrement des réunions d’informations, des soirées débats ou culturelles… Et le Mur des Fédérés, devant lequel 147 combattants de la Commune, ont été fusillés par l’armée versaillaise à la fin de la Semaine sanglante, en mai 1871, et jetés dans une fosse commune ouverte au pied du mur. Depuis lors, il symbolise la lutte pour la liberté et les idéaux des communards. Aujourd’hui, ils nous appartient de changer la société en faisant preuve de l’inventivité dont seule la classe des travailleuses et travailleurs est capable.

Photos prises rue du Télégraphe par Siméon Brand

 

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