Organisé du 10 juin au 2 octobre (date de la Nuit Blanche) par la team “We Love Green”, le festival Wonderland s’installe sur 6 000m2 le long de la petite ceinture, dans le 20e. Au programme ? Concerts immersifs, cinéma, food court, brunchs, espace de jardinage, rampe de skate, terrain de basket… et on en passe ! 

Le problème ? C’est que ça ne plaît pas à tout le monde. Et ça se comprend. En visitant le lieu, on remarque immédiatement que certains logements sont situés à quelques mètres à peine du festival. En levant le bras, on peut atteindre un des balcons (et pourtant, on est pas bien grandes). Alors qu’est-ce que c’est que ce nouveau concept ? Pourquoi ici ? Et qu’en pensent les riverains ?

C’est où ? 103 cours de Vincennes. À la sortie du tram T3b, difficile de le louper. L’immense banderole multicolore de Wonderland s’étale au-dessus de la barrière verte qui délimite la Petite Ceinture. Un soleil de plomb s’abat sur le petit groupe de riverains qui attend patiemment l’ouverture des portes. Ce mercredi, se tenait la réunion de fin de chantier du festival, une réunion attendue par de nombreux riverains. “Le problème, c’est qu’on a appris ça par hasard, en se réveillant un matin avec le bruit des travaux”, explique Catherine, résidante du 7 boulevard Davout. “Pas un mot dans les boîtes aux lettres, pas une affiche. Rien !”. Pour François, résidant rue de Lagny : “C’est très bien ce genre de chose. On en a tous besoin. Mais pas au milieu des habitants. Certains immeubles sont à moins de 10 m !”.

Mais pourquoi organiser un festival en plein air, entre deux rangées d’immeubles ?  Il faut savoir que la SNCF possède de nombreux anciens sites ferroviaires. Il s’agit de terrains privés que la société aimerait transformer selon un principe d’urbanisme transitoire. Xavier Moreau De Bellaing, chargé des occupations domaniales de la petite ceinture à la SNCF, explique : “Aux abords de la petite ceinture (qui appartient à la SNCF, ndlr), on lance des appels projets pour des durées variables de quelques mois à 12 ans. L’objectif, c’est de créer des lieux de résilience. On se demande comment utiliser des espaces naturels pour aider la ville à surmonter les chocs. On s’est dit qu’ici, ça serait un lieu idéal pour aider les gens à se redécouvrir après la Covid”. Bon, nous on a toujours pas compris ce que c’était qu’un espace de résilience. Ce que nous assure Xavier Moreau, c’est que la SNCF ne gagne pas d’argent sur ce projet. Nous n’avons en revanche pas obtenu de bilans chiffrés.

C’est qui, c’est quoi ? Pour l’anecdote, un seul candidat a répondu à l’appel à projet … Wonderland, créé par l’équipe de We Love Green, se présente comme un “tiers-lieu hybride en plein air, sportif, gastronomique, familial et engagé”. Pendant quatre mois, les 6000 m2 de verdure accueillent toute la famille de 17h à 23h du mercredi au vendredi, et de midi à 23h le week-end. L’accès est libre jusqu’à 19h mais une participation de 2 € sera demandée à tous ceux qui arrivent après cet horaire. La bonne nouvelle ? Les habitants du 20e auraient accès à un pass gratuit (mais on ne connaît pas encore les détails).

Au programme ? Un food court avec pizzas, cuisine afrovegan, et boissons rafraîchissantes ; un espace sportif constitué d’une rampe de skate et d’un terrain de basket  qui proposera des cours de yoga, danse, ping-pong, pétanque ; une scène de concert ou séances de cinéma, stand-up, concerts immersifs vous attendent ; et des espace engagés avec un marché de créateurs, une grande serre avec des ateliers de jardinage et une boutique végétale. “Le volet environnemental est une partie importante de notre projet. L’ensemble des produits utilisés pour le food court vient du département, il n’y a aucun contenant plastique à usage unique, l’eau est gratuite, les déchets seront triés et recyclés” annonce Marie Sabot, représentante de We Love Green. Le festival s’engage également sur le volet social. Le site est accessible aux PSH, personnes en situation de handicap, des actions de prévention des risques et des collectes de dons seront également organisées. “On a travaillé avec des associations locales pour faire travailler les habitants du quartier. 10 emplois ont été créés et d’autres suivront”, précise-t-elle.

Les craintes des riverains ? Dès les premiers pas à l’intérieur du festival, difficile de ne pas remarquer la proximité des habitations. Si des panneaux invitant les visiteurs à ne pas faire de bruit sont disposés tout le long du chemin pavé, pas certain qu’ils soient vraiment efficaces. “Entre le tram, les maréchaux, le périph,… notre quartier est très bruyant. Donc il y a du bruit et on va en rajouter ? La Petite Ceinture, c’était notre seule bouffée d’oxygène. C’est un beau concept mais au mauvais endroit”, explique Valérie, résidente du boulevard Davout. Pour la famille Decamp, elle aussi habitant le boulevard : “le grillage est une vraie passoire. Je ne sais pas comment ils vont contrôler les entrées et sorties. Ça va nous apporter des nuisances sonores et une population peu recommandable. Et ils disent que c’est un endroit familial…”

En effet, les nuisances sonores ne sont pas les seules angoisses des riverains. Crainte concernant la sécurité des lieux, le respect des gestes barrières, la création d’un cluster, les mauvaises odeurs des toilettes, poubelles et évacuations d’eau, la pollution visuelle avec les spots … La liste est longue.  Pour Didier, qui réside boulevard Davout : “C’est bien beau toutes ces histoires de tri des déchets, mais une forêt ce n’est pas un lieu pour un concert. C’est clairement du green washing”. Il poursuit : “Pourquoi ne pas avoir organisé des événements dans les bars du quartier ? Ça aurait été les restaurateurs et on aurait été moins dérangés”. En passant devant un des immeubles, Isabelle nous fait remarquer les balcons : “ils sont vraiment proches des festivaliers. N’importe qui peut y jeter une bouteille. J’espère au moins qu’il sera interdit de fumer”.

Quelles mesures sont mises en place ? Arrivés à l’Agora, le lieu destiné aux concerts, chacun s’assoit. Une longue réunion de deux heures s’apprête à commencer. De ces discussions, nous ne tirerons rien de très constructif. Le ton est monté très vite. Concernant le bruit, l’équipe s’est engagée à faire évacuer les lieux à partir de 22h45. Un dispositif anti-bruit, des rideaux acoustiques, a été mis en place autour de l’Agora. “Que ce soit avec les horaires de fin du concert (20h30, ndlr), avec le choix de la programmation (concerts piano/voix, concerts immersifs, ndlr) ou les 90db maximum autorisées on a essayé de s’adapter et de vous écouter”, argumente Marie Sabot. “Un dispositif de comptage vidéo a été mis en place et le site sera gardé 24h/24 par des agents de sécurité”. Les spots seront abaissés, les poubelles placées dans un local et l’utilisation de l’huile de friture sera limitée au maximum. Concernant la Covid, la jauge est placée à… 999 personnes, soit juste en dessous de la barre des 1000 personnes qui exige un pass sanitaire pour tous les visiteurs.

Pendant que Marie Sabot détaille tant bien que mal les mesures adoptées, les esprits s’échauffent. Une troisième réunion est prévue le jeudi 24 juin en présence du maire d’arrondissement, M. Eric Pliez, afin de faire un point sur la première quinzaine du festival, qualifiée de “test”. Mais pour Valérie, rien ne va changer : “C’est trop tard, le festival est installé donc je ne vois pas ce qu’on peut faire. Je regrette vraiment l’attitude du maire. Non seulement on n’a pas été prévenu, mais en plus, il ne soutient pas ses administrés”. Un autre riverain, Ben, renchérit : “ ils parlent d’espace de concertation mais on en est loin. On nous a imposé le projet. Aujourd’hui, c’est trop tard. On est en contestation”.

Et la mairie dans tout ça ? “On essaye de faire en sorte que le 20e s’anime”, précise Sophie Deschamps, directrice de la communication à la mairie du 20e. “Depuis un an, la culture et les arts sont à l’arrêt. La friche était laissée à l’abandon. Elle constituait une belle opportunité pour redynamiser le quartier et aider les jeunes qui ne partent pas en vacances”. Quant au manque de transparence et d’information préalable, la mairie l’explique par la situation sanitaire. “Le projet était prévu depuis septembre dernier. Mais avec la Covid, tout a été annulé. On a dû attendre les directives gouvernementales en avril/mai qui sont arrivées tardivement. Ça a laissé très peu de temps aux organisateurs pour tout mettre en place”. Si la mairie du 20e reconnaît le timing plus que serré, elle souligne son soutien au projet. Bien que la municipalité ne subventionne pas le projet, c’est la région qui subventionne les festivals, elle souhaite assurer le dialogue entre les organisateurs et les habitants. Des dispositifs de méditation ont ainsi été mis en place au fur et à mesure. “L’objectif, c’est de faire participer le quartier. Chacun a son mot à dire et peut proposer des initiatives citoyennes, des associations locales, des conférences… qui peuvent être coproduites sur le site. On se doit d’écouter tous les habitants, et pas seulement une poignée.”

Tous contre le projet ? Pas forcément. Romain, qui tient Petit pot deco nous explique : “le camion va sûrement s’installer vers le festival. Donc je suis à 100% pour”. Pour  M. De Meireles, lui aussi riverain : “les gens râlent avant même que ça ne commence. C’est incroyable ! Un de mes fils est dans l’événementiel donc on sait ce que c’est. Ce type de manifestation culturelle, c’est nécessaire après l’année qu’ils ont vécue. Et puis ça fait bouger le quartier”. Cathy, une internaute du 20e, à elle aussi son avis : “ça changera du bruit incessant du cours de Vincennes, du camion nettoyeur à 1h du matin et des personnes qui beuglent sous ma fenêtre à 3h (…) Et ce n’est que pour 4 mois. Après un an de privations, il est temps de s’ouvrir à la nouveauté.

texte et photos : Salomé

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