[SÉRIE D’ÉTÉ] Ils ont quitté le 20e arrondissement, mais le 20e ne les a jamais vraiment quittés. Cet été, partez à la rencontre de celles et ceux qui ont construit une nouvelle vie ailleurs, tout en gardant un attachement profond à leur ancien quartier. Premier épisode avec Lucas, qui nous répond depuis Mexico.
1/ Peux-tu te présenter ?
« Je m’appelle Lucas Tua, j’ai 41 ans. Je vis à Mexico depuis cinq ans. Je travaille dans le tourisme, après 15 ans dans le journalisme. J’ai grandi en banlieue est, avant de vivre mes premières années de jeune adulte dans le 20ème, jusqu’à mon départ au Mexique. J’ai toujours travaillé comme journaliste, caméraman et monteur, et depuis environ un an je mets un pied dans le monde du tourisme à Mexico, avec l’agence française Voyageurs du Monde. »
2/ Quand as-tu habité dans le 20e et dans quel quartier plus précisément ?
« J’ai emménagé dans le 20ème quand j’avais tout juste 20 ans. À l’angle de la rue d’Avron et de la rue de la Réunion. Pendant toute mon enfance pour moi Paris c’était ça. Le 20e. Ma porte d’entrée dans la capitale. Comme pour tous les enfants de la banlieue est. On entrait dans la grande ville par la porte de Montreuil ou la Porte de Bagnolet. Je me rappelle que gamin, chaque fois que je revenais chez moi après un voyage, la vision des grandes tours Mercuriales de la porte de Bagnolet signifiait que j’arrivais à la maison. La tour Eiffel de l’est en quelque sorte. La rue d’Avron est passionnante car on y trouve absolument tout. Des supermarchés, des banques, des cafés, des épiceries, des boutiques… Je me suis souvent dit que c’est une rue qui suffit pour toute une vie. Une rue populaire où on trouve toujours quelqu’un prêt pour un brin de causette. Ce qui la rend intéressante, c’est aussi que c’est un axe, une route pour les milliers de Montreuillois qui viennent travailler à Paris chaque jour. Orienté est-ouest, les couchers de soleil y sont magnifiques. Le quartier de la Réunion, c’est un village. À l’abri de grandes rues passantes, on est au calme, dans un village populaire et mélangé. On y croise tous les âges et toutes les origines. C’est une vraie respiration quand on y rentre le soir et que le bruit de la ville laisse la place au chant des oiseaux. J’ai ensuite vécu mes deux dernières années parisiennes sur le Boulevard de Charonne, au niveau d’Alexandre Dumas. »
3/ Quand as-tu quitté le 20e ? Pour aller où ? Et pourquoi ?
« J’ai quitté le 20ème pour m’installer au Mexique. Au départ le Mexique c’était juste pour les vacances. Pour aller voir deux amis journalistes installées là-bas, originaires du 20ème eux aussi. J’y allais chaque année, depuis 2015, 3 semaines, un mois. Et puis j’ai décidé de m’y installer vraiment il y a six ans. J’ai toujours eu un faible pour les grandes villes. Pour leur foisonnement, leur désordre, pour le vertige de s’y perdre, de se faire avaler par ses avenues et ses ruelles, et aussi pour mieux se trouver soi-même. J’avais très envie de découvrir cette ville immense et passionnante qu’est Mexico, la 5ème plus grande du monde. J’ai commencé à y travailler en free-lance comme journaliste pour les médias français, un peu Arte, un peu Canal+, avec mes amis. Et puis avec le temps, on s’installe, on achète des meubles, on développe des amitiés, on s’enracine dans cette nouvelle vie. Les immeubles deviennent familiers, l’accent local aussi… Maintenant je suis marié à une mexicaine et nous avons une petite fille. Elle est héritière de ces deux mondes-là. »
4/ Qu’est-ce qui change entre ton nouveau lieu de vie et le 20e ? Vois-tu des points communs ?
« Mexico est évidemment très différent de Paris, le rythme de vie, la nourriture, le bruit, les codes sociaux, les habitudes… C’est une culture totalement différente, à la fois très latine mais aussi très nord-américaine. Je vis dans un quartier tranquille de Mexico, de classe moyenne. Je trouve quand même beaucoup de points communs avec la vie dans le 20ème. Avant tout, la vie de quartier : saluer les voisins, être piéton (ce qui est assez rare au Mexique où la voiture est reine), manger dans les bonnes cantines du coin… Et surtout, l’entraide et la solidarité. Les gens se parlent, se dépannent, se donnent des conseils. Il y a le sentiment de faire partie d’une communauté, organisé autour du lieu de vie. »
5/ Quels liens gardes-tu avec le 20e arrondissement ?
« Je garde des liens très forts avec le 20ème, c’est mon Paris ! Je reviens chaque année, et je retrouve avec plaisir ses terrasses, ses boutiques et ses petites rues tranquilles. Et surtout ma famille. C’est quand on est loin qu’on se rend compte de ce qui constitue notre identité, de ce qui nous manque vraiment. Et je crois que le 20ème en fait partie, c’est une partie de moi. Elle somnole quelque part quand je suis loin, mais je la retrouve toujours avec beaucoup de joie. Je suis étonné de voir le 20ème de plus en plus vert, et du nombre de vélos électriques que je vois, chaque fois davantage. Je trouve que ça a rendu la ville très silencieuse… surtout quand on arrive de Mexico ! »
6/ As-tu de bonnes adresses dans le 20e a recommander ?
« Les terrasses de place de la Réunion en numéro 1. Un village au milieu de la ville, un petit paradis. Le café l’Abri-Bus, rue de Bagnolet, c’est le QG du quartier. À un carrefour stratégique pour les ragots en tout genre. Pho 168, resto vietnamien au métro Belleville. Le meilleur de Paris selon moi. Et la rue Frantz Fanon et son petit café caché. »


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