[SÉRIE D’ÉTÉ] Ils ont quitté le 20e arrondissement, mais le 20e ne les a jamais vraiment quittés. Cet été, partez à la rencontre de celles et ceux qui ont construit une nouvelle vie ailleurs, tout en gardant un attachement profond à leur ancien quartier. Troisième épisode avec Margot Tracq, qui nous répond depuis l’Allemagne.

1/ Peux-tu te présenter ?
« Je m’appelle Margot, je suis née à Clamart (92), mais je n’ai jamais remis les pieds dans cette ville. Mes parents étaient dans une troupe de théâtre itinérant et donc je suis née par hasard dans les Hauts-de-Seine. J’ai maintenant 33 ans et je suis actuellement en réorientation professionnelle. J’ai travaillé pendant 14 ans à Berlin dans le milieu culturel et/ou social. En ce moment, je me forme en graphique design, illustration, collage, j’ai la main dans plein de différentes techniques artistiques. Et j’envisage même de jeter un coup d’oeil dans le monde passionnant de l’illustration scientifique. Si vous voulez suivre mes aventures graphiques : @madeby_miot.

2/ Quand as-tu habité dans le 20e et dans quel quartier plus précisément ?
« J’ai grandi dans le 12ème arrondissement de Paris de mes 3 ans à mes 10 ans et on a ensuite déménagé dans le 20ème où j’ai habité de mes 10 ans à mes 19 ans. J’ai été à l’école au 293 rue des Pyrénées, puis au collège Jean-Baptiste-Clément. »

3/ Quand as-tu quitté le 20e ? Pour aller où ? Et pourquoi ?
« J’avais décidé, du haut de mes 19 ans, que je voulais étudier à Berlin, ville que j’avais déjà découverte pendant un échange de 2 mois à la fin de mon année de seconde. J’ai adoré cette ville dès que j’y ai mis les pieds. C’était ma première vraie expérience à l’étranger sans ma famille et j’avais goûté à la liberté à la berlinoise. Je ne savais pas vraiment quelles études me convenaient et après un an de fac de biologie, j’ai tout lâché pour partir à Berlin. Les cursus universitaires me correspondaient mieux, plus variés, plus flexibles, et j’ai fini par entrer en fac à Frankfurt Oder (à 1h30 de trajet en train de Berlin) pour étudier les Sciences de la culture, mais surtout la linguistique et la sociologie. J’ai trouvé un premier travail en tant qu’ouvreuse pendant les Berlinales et après j’ai travaillé à la billetterie des Berliner Festspiele (un théâtre berlinois) et à la maison des Cultures du Monde comme ouvreuse et au vestiaire. »

4/ Qu’est-ce qui change entre ton nouveau lieu de vie et le 20e ?
« J’ai habité dans beaucoup de quartiers différents à Berlin et certains ressemblent beaucoup au 20e. Comme Kreuzbeurg ou Schöneberg. Une différence que j’ai vécue personnellement est que j’ai beaucoup moins l’impression de vivre dans un petit village, un quartier où parfois on a l’impression que tout le monde se connaît. Dans le 20e, on dit bonjour à l’épicière, on connaît le caissier par son prénom, les voisin.es se disent bonjour dans la rue. Et à Berlin, j’ai très rarement retrouvé ce côté-là (même si ça existe aussi). Le 20e pour moi, c’est la rue de Savie qui a une des inclinaisons les plus fortes de Paris et des trottoirs de 50cm de large, Berlin c’est une ville super plate avec des immenses allées (très cool pour faire du vélo). Qu’il pleuve ou qu’il vente les pistes cyclables sont toujours bien remplies. Les parcs à Berlin sont (presque tous) ouverts toute la nuit, il y a des espaces d’immensité et de vide qui ont pu être préservés au coeur de la ville. Un de ces immenses espaces berlinois c’est le Tempelhofer Feld. Un ancien aéroport transformé en terrain de jeu urbain gigantesque. A Berlin, on ressent vraiment l’anonymité de la grande ville, la metropolis. Ce qui m’a beaucoup plus à Berlin, c’est qu’il y a une ouverture d’esprit qui permet à chacun.es d’être qui ielle veut, parce qu’il y a entre autres moins de pression sociale à faire des études longues, et plein de personnes qui sont artistes (et qui galèrent comme à Paris) mais qui ont beaucoup de liberté dans l’expression de soi et qui sont très inspirantes.

5/ A l’inverse, est-ce que tu vois des points communs ?
« J’habite depuis longtemps à Kreuzberg, un de mes quartiers préférés. Il y a beaucoup de diversité sociale, de bars associatifs, d’AMAP et d’art urbain (bien que moins que dans la rue des Cascades !) Ici aussi beaucoup d’artistes décorent la ville, écrivent leur activisme, leur rébellion sur les murs de leur Kiez. J’ai beaucoup retrouvé ça dans différents quartiers de Berlin. Il y a aussi plein de théâtres, de galeries, de boîtes de nuit, c’est deux villes qui explosent de culture, de festivals, de salles de concerts, de bars dansants. »

6/ Quels liens as-tu gardé avec le 20e arrondissement ?
« Ma mère et ma soeur y habitent encore et on s’y retrouve toujours avec mes ami.es du quartier quand je suis de passage pour les fêtes ou en été. On est toustes disséminés aux quatre coins de la France ou de l’Europe mais quand on vient à Paris on se retrouve dans le 20e, l’endroit où on s’est rencontré.es. J’ai encore une amie proche qui a trouvé une maison à Romainville – le plus proche possible de notre 20e. Avec la prolongation de la ligne 11 seulement à 5 stations de Jourdain. Et je sais qu’on se verra souvent « dans le quartier » comme on dit toujours. »

7/ Pourquoi es-tu de retour ? et dans quel coin du 20e t’installes-tu ?
« Je rentre dans le 20ème – entre Jourdain et Couronnes, pas loin du parc de Belleville que j’adore, à deux pas du collège où j’ai vécu de superbes années avec une équipe de profs extra (JBC pour toujours dans mon coeur). Au milieu de la rue de Ménilmontant et donc faisant bientôt de nouveau partie des habitant.es qui escaladent la petite colline pour rentrer chez elles*eux (un peu à bout de souffle – on se l’avoue). Il y a plein de raisons qui me poussent à revenir, ma famille est probablement la première, notamment mes deux neveux qui ont 18 mois et 3 ans et qui grandissent si vite. J’ai une amie du collège qui a monté un collectif d’artistes Contreplaqués et j’ai envie de pouvoir voir leurs projets, peut être y participer et les aider.  J’ai envie de retrouver une partie de mon identité, en parlant français, en retrouvant les lieux de mon enfance et mon adolescence.  J’ai besoin de pouvoir aussi voter dans le pays où je vis – à Berlin je ne pouvais voter que pour les élections municipales et européennes. »

8/ As-tu de bonnes adresses dans le 20e à recommander ?
Un café : Les mésanges (82 rue de la mare) et leur thé à la menthe fraîche, à l’intérieur, ou en terrasse pour regarder les gens passer.
Une boulangerie : Eléments (3 rue Victor Letalle) et une boulangère qui fait des pains supers – biologiques et au levain (et même du pain noir qui rappelle celui d’Outre-Rhin).
Un resto : L’échappée – Restaurant Thaïlandais (38 rue Boyer)
Une ressourcerie : La ressource de Belleville (46-50 rue des Rigoles) je l’ai découverte il n’y a pas très longtemps pendant une de mes visites à Paris
Un parc : le parc de Belleville – avec ses maisons pour chats et son amphithéâtre en plein air pour manger un Banh-mi de Chez Yu (40, rue de Belleville)
Une balade : le parc des Buttes Chaumont – la cascades, les canetons, le temple de l’amour (toujours fermé ?)
Un spot pour regarder le soleil couchant : le belvédère de belleville
Un coin insolite : l’Église Saint-Serge de Radonège, 93 rue de Crimée (oui, c’est le 19ème – mais ça va c’est la porte à côté)
Une épicerie : Umai- superbe épicerie japonaise avec des produits rares et délicieux (et coûteux mais c’est bien normal)
A emporter : Kanaya les meilleurs Bento japonais les plus authentiques que j’ai goûtés (147 rue de Belleville)

>> On cherche des répondants pour cette série. Si vous habitez loin et que vous êtes partants, n’hésitez pas à nous contacter par mail – monpetit20e@gmail.com – merci !

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