A quelques semaines des élections municipales, Mon Petit 20e donne la parole aux candidats têtes de liste dans l’arrondissement. Objectif : en apprendre plus sur eux et sur le projet qu’ils défendent.

La rencontre. Un mardi matin de janvier, on a rendez-vous au café l’Auberge des Artistes (132, boulevard de Ménilmontant). Danielle Simonnet – tête de liste “Décidons Paris” – n’arrive pas seule, mais en compagnie de son “binôme” Laurent Sorel, nous expliquant que leur démarche est avant tout collective et municipaliste. 

Mon Petit 20e : Pouvez-vous vous présenter et nous résumer votre parcours ?
Danielle Simonnet : J’ai toujours baigné dans la politique. Je vendais la main “Touche pas à mon pote” quand j’étais au collège, j’ai fait le mouvement étudiant de 1986 contre la Loi Devaquet, avant de devenir adjointe à la Jeunesse en 2001, puis conseillère de Paris en 2008. J’ai toujours été impliquée dans la lutte, à organiser les premiers parrainages des lycéens sans papiers, à me mobiliser pour le “non” au traité constitutionnel européen, puis contre la réforme des retraites… Psychologue de l’éducation nationale de profession, je suis actuellement en disponibilité. J’estime que si l’indemnité d’élus au Conseil de Paris est extrêmement généreuse, c’est bien pour s’y consacrer à plein temps, et non pour s’enrichir en cumulant un autre salaire.

Depuis quand vivez-vous dans le 20e ? Dans quel quartier précisément ?
Je suis arrivée dans le 20e pendant mes années étudiantes. J’ai habité rue du Borrégo, puis rue Villiers de l’Isle d’Adam, Porte de Bagnolet et maintenant rue Haxo.

Comment définiriez-vous le 20e pour des personnes qui n’y habitent pas ?
C’est un arrondissement qui reste populaire, qui a toujours été très riche de solidarités. Il foisonne de dynamiques associatives, mais aussi d’histoires de résistances. Il y a toujours eu de grandes mobilisations contre certains plans de réaménagement, avec une tradition d’auto-organisation citoyenne.

Vos adresses fétiches dans le 20e ?
L’Auberge des Artistes, car nous faisons souvent des actions militantes place de Ménilmontant. C’est l’endroit où nous aimons nous retrouver et nous réchauffer après. Autre lieu, où j’invite tout le monde à aller manger  : le CIP20 (39 bis, rue de Tourtille) à Ménilmontant. C’est un restaurant-traiteur créé par un groupe de femmes sans emploi, issues de l’immigration. Il y a aussi le Lieu-Dit (6, rue Sorbier) un café citoyen, qui permet tout un tas de réunions et de projections, sans oublier le bar du Popul’Air (36, rue Henri Chevreau) et les Pères Populaires (46, rue de Buzenval).

Quels sont selon vous les trois combats prioritaires dans le 20e ?
Le premier combat c’est la question de la démocratie. On a le sentiment que si en 2001 et 2008 les citoyens ont été associés aux décisions, – avec la création de Conseils de la jeunesse, mais aussi des résidents étrangers, et des enfants -, depuis 2014 ça a été la grande régression anti-démocratique. Ensuite, la question du logement: comme partout dans Paris, il manque des logements sociaux. Avec la gentrification, de plus en plus de personnes quittent la capitale car elles sont dans l’impossibilité de payer des loyers dans le privé. Il faut préempter les logements vacants. Enfin, la bataille écologique, qui est très liée à celle du logement, notamment car il faut que les gens travaillant dans le 20e puissent y loger, plutôt que de passer du temps dans des transports congestionnés. On manque aussi énormément d’espaces verts dans le 20e, il faut végétaliser avec un retour en pleine terre et préserver les friches comme des espaces de respiration.

Qu’est ce qu’il manque aujourd’hui dans le 20e ?
Des services publics. Il y a une logique d’externalisation. Un exemple récent, c’est la privatisation du crématorium du Père Lachaise. De plus, il manque toujours des places en crèche, même s’il faut le reconnaître, des efforts ont été faits. Ce qui n’est pas le cas des places dans les Ehpad. On manque d’ailleurs d’étude prospective sur le sujet, on aurait besoin de mieux connaître les besoins en la matière. 

Les pouvoirs d’un maire d’arrondissement suffisent-ils réellement pour peser sur la vie des habitants ?
Oui et non. Si on regarde froidement et officiellement, les compétences sont très limitées. Néanmoins, le maire d’arrondissement a le levier nécessaire pour mener les batailles vis-à-vis de l’Hôtel de ville. C’est pourquoi nous plaçons la question démocratique en numéro 1. Par exemple sur le logement, la loi de réquisition des logements vides et la fixation du loyer de référence (dans le cadre de l’encadrement des loyers) sont des compétences du préfet. En mars, nous exigeons un transfert de compétences afin de satisfaire l’intérêt général. Nous organiserons des votations citoyennes en ce sens. 

Une anecdote à nous raconter sur ce début de campagne électorale ?
J’ai adoré me retrouver avec les mamans qui s’étaient battues contre la fermeture du collège Jean Perrin. Elles se désolaient que la Porte de Bagnolet ne soit pas décorée pour Noël. Comme on n’avait pas les moyens de mettre de grandes guirlandes électriques, on a juste imprimé des sapins sous formes d’affiches, des enfants ont fait des dessins. On a proposé du thé, des gâteaux, plein de gens se sont arrêtés pour discuter. C’était modeste, tout simple, un moment top. 

L’initiative citoyenne repérée dans le 20e et qui gagnerait à être connue ?
Je dirais la Cantine des Pyrénées (77, rue de la Mare), un ancien squat devenu une table solidaire. Un lieu où les gens complètement fauchés pourront toujours venir manger quelque chose.

Des loisirs ou des hobbys pour se détendre après une rude journée politique ?
J’aime bien aller voir une expo ou faire un gâteau avec mes filles. J’adore aussi monter sur scène, j’en suis à ma deuxième “conférence gesticulée”. Après “Uber, les salauds et mes ovaires”, cela s’appelle “Paris vendu”. J’ai fait salle pleine au Zèbre et je cherche actuellement une salle pour la jouer dans le sud de Paris.

L’objectif affiché pour ces municipales ? Vous diriez que le pari est réussi si… ?
L’objectif, c’est de prendre la mairie. 

En vue d’un second tour, avec qui pourriez-vous vous allier ?
On verra quand on sera en tête du premier tour comment réagiront les autres. Là, aujourd’hui, nous sommes plus dans une stratégie d’éruption citoyenne.

Votre première mesure en tant que maire du 20e ?
La mise en place d’un système de référendum d’initiative citoyenne. Permettre aux habitants qui récoltent les signatures de 5 % des inscrits sur les listes électorales d’imposer un référendum pour proposer une mesure ou en contrer une.

Crédit photo : Pauline Pellissier

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