Parce qu’on ne pouvait passer à côté d’une telle déclaration d’amour, on vous partage le beau texte, très rythmé, écrit par Fanny, 29 ans.

Originaire de Rouen, Parisienne depuis 2014, Fanny, aka @bambiinthehood, habite rue des Envierges, au-dessus du parc de Belleville, où elle s’attelle actuellement à la rédaction d’un essai sur le féminisme. 

“Mon coeur est à Belleville. Là où les jours de marché tu te demandes ce qu’il s’est passé, là où la moitié des gens te répondent qu’ils ne parlent pas français, là où t’es à la fois au bled et à la fashion week, là où t’en as pour moins cher de manger dehors que chez toi, là où des reustas et des sans papiers vivent dans la même rue, là où les Indiens tiennent des bazars qui sentent le plastique, là où les blancs tiennent des cafés bardés de plantes vertes et de free-lance, là où les Pakistanais tiennent les points de dépôt Mondial Relay, là où les Kabyles tiennent les bars, là où les Chinois tiennent les tabacs, les restos, les magasins de fringues, les supermarchés et les trottoirs. Je parierai qu’ils ont des parts de l’arrondissement.

Mon coeur est dans les parcs qui montent et qui descendent, dans les ongleries où la French est à 20 balles, dans les murs enlierrés de la butte Bergeyre, dans les rues blindées de tags, dans les commerces de bouche qui te font baver, dans les caves à vin de Jourdain et dans les immeubles démesurés de la place des Fêtes, dans les fleuristes hors de prix, dans les bars qui nous abreuvent, dans les dessins de Fred Lechevalier, dans les maisons cossues de la Mouzaïa, dans les associations très à gauche, dans les cités de la rue Rebeval, dans les restos qui mériteraient des étoiles et dans les cantines solidaires.

Mon coeur est avec les filles du Lotus bleu, avec les mecs qui tiennent la rue Piat, avec les serveurs qui connaissent ton prénom, avec les fashionistas qui se font dévisager, avec les coureurs des Buttes Chaumont, avec les touristes qui ne se déplacent jamais jusque-là, avec les titis qui ont grandi ici, avec les lesbiennes qui vont au magasin bio et à la librairie, avec les zonards et leurs bouteilles de Café de Paris, avec les bobos qui mangent des huîtres en terrasse le dimanche matin, avec les teufeurs de la Java et les paumés du Zorba.

Mon coeur est à Belleville quand je suis pas en train de le cracher à force de monter cette putain de colline.”

📸  Des personnages du street-artist @fredlechevalier, pris en photo dans le 20e par @fantomate94

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