Le compte à rebours est lancé avant les élections municipales qui se tiendront les dimanches 15 et 22 mars. En tant que média local indépendant, nous avons cherché à interviewer les candidats, en leur soumettant les mêmes questions. Voici les réponses de Sophie de La Rochefoucauld, pour l’instant seule femme candidate dans le 20e, pour la France Insoumise (la liste de Sophia Chikirou).

1/ Pouvez-vous vous présenter ? Et nous résumer brièvement votre parcours ?
« J’exerce le métier de comédienne depuis très jeune. J’ai fait le conservatoire d’art dramatique de Paris, puis j’ai eu une carrière à la télévision et au théâtre. Je me suis toujours intéressée à la politique puisque j’avais des parents très politisés qui étaient au Parti Communiste. J’ai un mélange assez fou parce que mon nom est celui d’une grande famille de la noblesse française, mais mon père étant très à gauche, on ne fréquentait pas beaucoup sa famille. Ma maman, elle-même engagée à la CGT, venait d’un milieu bien plus modeste, d’ouvriers fourreurs juifs installés à Vincennes. Mon père étant metteur en scène et scénariste, j’ai baigné dans le milieu des intermittents du spectacle. J’ai grandi dans un petit appartement du 7e arrondissement, plutôt HLM qu’haussmannien. Très vite à l’école, j’ai été révoltée par les inégalités. J’avais lancé une cagnotte pour acheter des baskets à une camarade de classe, fille d’une concierge, qui était martyrisée par notre prof de sport. Ce fut mon premier acte politique, en classe de CM1. »

2/ Depuis quand vivez-vous dans le 20e ? Dans quel quartier précisément ?
« Cela fait 25 ans que j’habite le 20e arrondissement. J’avais très envie d’habiter dans ce coin de Paris depuis longtemps. Le père de ma fille y habitait avant que l’on ne soit ensemble et je l’y ai rejoint. Comme il avait la garde partagée de ses trois enfants (que je considère aussi comme les miens depuis), on a décidé de rester à Belleville/Ménilmontant. J’ai tout de suite adoré ce quartier parce qu’il était différent des autres, populaire. Moi qui suis une passionnée d’histoire, être sur le territoire de la Commune de Paris, ce n’est pas anodin. »

3/ Pourquoi vous présentez-vous en tant que tête de liste dans le 20e arrondissement de Paris ? 
« Cela fait un bon moment que je suis engagée en politique. La première fois, c’est Marie-George Buffet qui est venue me chercher quand elle était ministre de la jeunesse et des sports au gouvernement Jospin. Elle m’a proposé de signer une pétition pour qu’il y ait des femmes afghanes aux JO d’Athènes, parce qu’on empêchait les femmes voilées de participer. Depuis, c’est un engagement qui ne m’a pas lâchée. J’ai été très active en tant que parent d’élève, puis j’ai été candidate suppléante pendant trois élections législatives (2012-2017-2022), d’abord avec Didier Le Reste (15e circonscription), puis avec Danielle Simonnet (6e circo), avant d’être élue suppléante de la députée Sophia Chikirou. Cette fois, ce sont les militants du 20e qui se sont accordés sur ma candidature. Le fait de militer depuis longtemps dans l’arrondissement et de très bien le connaître a joué en ma faveur. »

4/ Quelle sera votre première action en début de mandat ?
« Dans les porte-à-porte qu’on réalise depuis des mois, la question qui revient le plus c’est le logement : des difficultés à se loger, des logements insalubres, mal chauffés l’hiver, des passoires thermiques, et beaucoup de problèmes avec les bailleurs sociaux. On a beau être à 45 % de logements sociaux dans le 20e, ce n’est pas encore assez, notamment parce que les autres arrondissements préfèrent payer des amendes plutôt que d’avoir des logements sociaux. L’une de mes premières actions sera d’ouvrir une permanence sur ce problème en mairie pour aider les habitants du 20e à se loger et à régler leurs problèmes avec les bailleurs, qui ne sont pas assez à l’écoute. »

5/ Alors que la propreté apparaît comme l’une des insatisfactions majeures dans le 20e ardt, que proposez-vous en la matière ?
Effectivement, souvent nos quartiers populaires sont moins bien nettoyés. Il faut mettre beaucoup plus d’agents, il faut en recruter. Je suis pour des régies publiques, avec des référents propreté par quartier, avec qui les gens puissent venir discuter. Il faut aussi plus de nettoyage après les marchés. On a l’impression qu’encore une fois les gens des quartiers populaires sont les laissés pour compte. Ils ont autant le droit que les autres d’avoir des quartiers propres.

6/ Que proposez-vous en termes de mobilités dans le 20e arrondissement ?
Il faut continuer de créer des pistes cyclables, notamment rue des Pyrénées qui n’en a pas. Mais il ne faut pas pour autant oublier les personnes qui ont besoin de leur voiture, car ils se lèvent très tôt pour aller faire des boulots en dehors de Paris : agents dans les aéroports, agents de chemin de fer ou de RER… Ils sont obligés de prendre leur voiture et n’ont plus de place pour se garer, qu’est-ce qu’on fait pour ces gens-là ? J’ai aussi été alerté sur des reports de circulation suite à des changements de sens de rues. Il faut vraiment re-discuter. Je me demande s’il y a eu assez de concertation. La démocratie locale est parfois un leurre. Pour les personnes âgées, il faudrait mettre plus de Traverse (mini-bus de proximité) pour qu’ils puissent aller faire leurs courses, et qu’ils soient moins isolés.

7/ Manque de place en crèche, écoles mal entretenues, défaillances dans le périscolaire… que préconisez-vous pour rassurer les familles du 20e ?
On a des socialistes qui ont refusé de voter une motion de censure qui aurait permis que ce budget ne passe pas. Cela enlève de l’argent aux services publics. Alors même qu’il faut investir dans nos écoles et dans nos crèches. À la rentrée prochaines, 4000 postes pourraient être supprimés, dont beaucoup dans le 20e. On nous dit que c’est une question démographique. Profitons-en pour que nos enfants puissent avoir une meilleure éducation parce qu’ils ne seront pas 30 par classe. Particulièrement dans les quartiers prioritaires. Concernant le périscolaire, il faut là aussi plus de moyens : un meilleur recrutement, plus de formation, une meilleure rémunération. Il faut arrêter les vacataires et pérenniser les postes.

8/ Quelles sont vos propositions pour améliorer l’inclusion dans l’arrondissement (précaires, SDF, racisé.e.s, handi.e.s, LGBTQIA+…) ?
La jeunesse des quartiers populaires est stigmatisée. Il y a trop d’arrestations, d’amendes abusives. Quand j’arriverai à la mairie, si j’arrive, j’ouvrirais un dialogue avec le commissariat du 20e. Je constate aussi qu’il manque des lieux pour que la jeunesse se retrouve, il n’y a plus assez de MJC. Je suis également pour la réquisition des immeubles, des appartements vides, inoccupés. On ne peut pas laisser des gens dans la rue aujourd’hui. C’est impossible. On réquisitionne et on est dans la désobéissance civile s’il le faut.

9/ Comment vous positionnez-vous par rapport au projet immobilier Télégraphe, consistant en une densification de constructions. Voulez-vous arrêter cette pratique ou la poursuivre ?
Si on a un collectif qui s’est formé et qui a des choses à nous dire, il faut les rencontrer et les écouter déjà. Je dirais que c’est la première chose. Le projet, c’est de créer une résidence étudiante. Il faudrait voir si on peut trouver un meilleur endroit. Pourquoi ne pas commencer par réquisitionner les bureaux vides ? On a des locaux vides à Porte de Montreuil… et ils veulent en construire encore. On a trop de bureaux qui ne servent à rien, pas assez de logements.

10/ Quels sont vos souhaits pour le futur de la Maison de l’Air et de La Flèche d’Or ?
Pour ces deux lieux où il faut demander leur avis aux habitants, afin qu’ils servent le plus grand monde, en engageant des consultations et une réelle démocratie participative. Je suis dans le collectif de la Maison de l’Air, avec lequel on a évité un restaurant de luxe, fort heureusement. Pourquoi La Maison de l’Air ne serait pas un endroit où les jeunes pourraient se réunir ? Il pourrait y avoir une bibliothèque, des événements culturels et des associations pourraient utiliser le lieu selon leurs besoins.

11/ Avez-vous des adresses fétiches à nous recommander dans le 20e ?
Je dirais la librairie Le Monte-en-l’air, rue de la Mare. On y trouve des livres politiques mais, ils ont des romans et un très beau rayon jeunesse. Cela fait aussi café, avec des petites tables sur la place, c’est très convivial. Je recommande aussi la cuisine orientale végétarienne d’Ernest et Souad, un resto installé rue Lemon. Sans oublier Plural, un café qui fait de l’insertion et se mobilise souvent pour les plus démunis, et l’épicerie O’ Potager de Ménil qui fait des paniers bio accessibles pour tous (prix en fonction du quotient familial).

Photos prises le 16 février devant et dans le local de campagne de LFI à Ménilmontant par Siméon Brand

 

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