Le compte à rebours est lancé avant les élections municipales qui se tiendront les dimanches 15 et 22 mars. En tant que média local indépendant, nous avons cherché à interviewer tous les candidats, en leur soumettant les mêmes questions. Voici les réponses de Mohamad Gassama, candidat des partis Horizons et Renaissance (la liste de Pierre-Yves Bournazel).

1/ Pouvez-vous vous présenter ?
“Je suis Mohamad Gassama, j’ai 46 ans. Je suis né dans le 18e arrondissement de Paris. Je vis dans le 20e arrondissement, depuis plus de 20 ans maintenant. Je suis fils d’immigrés, de parents sénégalais. J’ai obtenu un master en commerce international, j’ai travaillé dans l’industrie pendant plus de 10 ans, avant de monter ma petite boite en gestion de projets de solidarité internationale. J’habite à la frontière entre Saint-Blaise et Gambetta. J’ai un attachement très fort au 20e, mes proches y habitent également. Pendant 12 ans, j’ai été élu à la mairie du 20e arrondissement. J’ai eu cet honneur-là. J’ai été chargé des questions de propreté, de démocratie participative et des relations internationales – même si ce n’est pas la compétence première de la mairie d’arrondissement.”

2/ Pourquoi vous présentez-vous en tant que tête de liste dans le 20e arrondissement de Paris ?
“Je suis attaché à cet arrondissement. J’ y ai fait ma vie d’homme, je me suis construit ici. J’y ai fait mes armes politique et citoyenne. C’est le moment de pouvoir rendre à cet arrondissement ce qu’il m’a donné. C’est naturel pour moi de m’engager pour ce territoire, ce quartier, ces habitants. C’est un arrondissement qui mérite de l’ambition. Je trouve que c’est un peu une belle endormie. Il y aurait beaucoup à faire.” 

3/ Quelle sera votre première action en début de mandat ?
“Mon premier geste politique sera de refonder la démocratie participative, afin de mieux travailler avec les habitants. C’est essentiel de les associer à des sujets structurant pour eux. Nous avons trop connu de votations cosmétiques – par exemple : “qui est pour plus de verdure dans le 20e ?”. Je veux des discussions franches, parfois même clivantes, pour au final faire émerger des consensus. Il faut avancer avec les habitants pour réconcilier politiques et citoyens. Le maire peut avoir ce rôle de pacificateur. Je suis pour qu’il y ait plus de votations et une refonte des conseils de quartier. C’est une instance importante, mais qui reste trop confidentielle.”

4/ Alors que la propreté apparaît comme l’une des insatisfactions majeures dans le 20e ardt, que proposez-vous en la matière ?
“C’est l’irritant principal des Parisiens et des habitants du 20e arrondissement. Quand j’étais à la Propreté, j’avais beaucoup de courriers sur cette question-là. J’avais fait des propositions à la Maire de Paris, mais je n’ai pas été écouté. Quand on voit que ça ne fonctionne pas, il faut pouvoir modifier nos méthodes. Avec Pierre-Yves Bournazel, qui est le candidat au niveau parisien, nous allons faire un changement radical : confier en délégation du service public le nettoiement et la collecte des déchets au secteur privé. Ces entreprises ont des méthodes qui sont plus pertinentes pour nettoyer nos rues, et cela générera des économies. Il faut aussi miser sur les nouvelles technologies, pour collecter différemment et intelligemment sur les passages des bennes à ordures.” 

5/ Que proposez-vous en termes de mobilités dans le 20e arrondissement ?
“Il y a un gros problème avec les bus. Ils ont un vrai souci de circulation : la vitesse commerciale à Paris n’est que de 6 km/heure. Alors que si on veut un service performant, il faudrait être à 12 km/h. C’est dû au plan de circulation qui crée des embouteillages. Donc, quand vous voulez arriver à l’heure à un rendez-vous, vous prenez le métro. Mais cela pose un problème à toutes les personnes à mobilité réduite, aux seniors et aux familles. Si on arrive à prioriser les bus au niveau des carrefours, grâce à des feux pouvant les identifier, on va permettre aux bus d’avancer plus rapidement. Ce sera un gain de service pour les usagers. Il faut aussi travailler sur la sécurisation de l’espace public. Chaque année, la ville paye des millions d’euros d’indemnisation suite à des chutes. Enfin, les trottoirs ne sont pas assez accessibles aux personnes à mobilité réduite. J’ai un colistier qui est en fauteuil roulant et je vois la difficulté qu’il a parfois à traverser la rue parce que les trottoirs ne sont pas assez abaissés.”

6/ Manque de place en crèche, écoles mal entretenues, défaillances dans le périscolaire… que préconisez-vous pour rassurer les familles du 20e ?
“Concernant le périscolaire, il faut être très rigoureux sur le recrutement des animateurs, vérifier leur diplôme, leur antécédents. Je pense qu’il faudrait également titulariser un maximum d’animateurs, car ce sont des emplois précaires à pérenniser. Ces violences sont indignes d’une ville comme Paris. Par ailleurs, un maximum d’écoles devraient être rénovées, aux dernières normes thermiques, pour faire aussi des économies. En tant que maire, je me battrais pour que les écoles ne ferment pas de classes. On va faire en sorte que les familles restent à Paris et dans le 20e. Car en 10 ans, c’est l’équivalent de la population du 20e qui a quitté Paris. Pour cela, il faut travailler sur l’accès au logement. On souhaite récupérer 60 000 logements dans le privé en garantissant les loyers par la mairie. En privilégiant les personnes qui étaient en première ligne lors du Covid, ainsi que la classe moyenne.” 

7/ Quelles sont vos propositions pour améliorer l’inclusion dans l’arrondissement (précaires, SDF, racisé.e.s, handi.e.s, LGBTQIA+…) ?
“Une de nos mesures fortes concerne l’hébergement d’urgence. Notre proposition consiste à racheter 27 hôtels une étoile à Paris pour y organiser de l’hébergement temporaire. C’est déjà le cas dans certains hôtels qui facturent jusqu’à 3000 € le mois pour une chambre minable. Il faut pouvoir loger les personnes dans des conditions dignes. La ville doit reprendre la main là-dessus. 

8/ Comment vous positionnez-vous par rapport au projet immobilier Télégraphe, consistant en une densification de constructions. Voulez-vous arrêter cette pratique ou la poursuivre ?
“Moi maire du 20e, avec mon équipe, nous n’aurons pas recours à la densification et à la surélévation. Cela pose des problèmes pour les riverains qui sont déjà là et cela les prive de lumière, alors qu’on sait que c’est important pour bien vivre. La surélévation peut dans certains cas être pertinente, mais pas partout. Il nous faudra regarder attentivement ce qui se passe. Il faut certes continuer à construire des logements, mais de façon raisonnée et concertée. La priorité sera d’abord de récupérer les logements vacants en garantissant les loyers afin d’y loger des familles parisiennes. “

9/ Quels sont vos souhaits pour le futur de la Maison de l’Air et de La Flèche d’Or ?
“Dans ces deux lieux, il est nécessaire d’avoir du pluralisme pour qu’un maximum de citoyens en profite. Ne pas cloisonner, faire un vrai appel d’offres avec des critères de sélection précis et que tous les habitants s’y retrouvent. À la Flèche d’Or, on pourrait imaginer une offre culturelle ouverte sur le quartier, que les collégiens voisins de Flora Tristan s’y retrouvent. Que cela reste alternatif mais éclectique. Quant à la Maison de l’Air, le conseil de quartier de Belleville a beaucoup œuvré pour en faire un lieu ouvert sur le quartier. Il faut que cela perdure.”

10/ Avez-vous des lieux fétiches à nous recommander dans le 20e ?
“Le plus beau lieu du 20e pour moi, c’est le jardin naturel rue de la Réunion. C’est un réservoir de biodiversité incroyable. Chaque fois que je le fais découvrir à des gens, ils sont émerveillés. Je citerais aussi le belvédère de Belleville, avec la plus belle vue de Paris. Je suis chauvin, certes, mais ce n’est pas faux. J’invite aussi les gens à découvrir les bars du 20e. Pour leur authenticité, les échanges avec les tenanciers, les anecdotes à partager… Enfin, je ne peux pas ne pas citer le cimetière du Père-Lachaise, un des lieux emblématiques à Paris, connu dans le monde entier. Avec les tombes d’hommes et femmes illustres, tels que Victor Schoelcher (qui a consacré sa vie à la lutte contre l’esclavage, ndlr)”.

Photos prises le 18 février place de la Réunion par Siméon Brand

 

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