A quelques semaines des élections municipales, Mon Petit 20e donne la parole aux candidats têtes de liste dans l’arrondissement. Objectif : en apprendre plus sur eux et sur le projet qu’ils défendent.

La rencontre. Dernier jour de campagne pour Arnaud Charvillat, le candidat de Lutte Ouvrière dans le 20e. Il nous donne rendez-vous ce vendredi 13 mars au Café Le Métro, place Gambetta.

Mon Petit 20e : Pouvez-vous vous présenter et nous résumer votre parcours ?
Je m’appelle Arnaud Charvillat, j’ai 42 ans, et je travaille à La Poste du 20e depuis 22 ans. Je suis issu d’un milieu populaire. Je suis né à Bar-le-Duc (Meuse), d’un père cheminot et d’une mère infirmière. Je suis arrivé à Paris en 1998 et je n’en suis jamais reparti. J’y ai rencontré des amis, des camarades, des gens qui m’ont expliqué qu’on pouvait changer le monde, que c’était possible. Je me suis syndiqué et j’ai commencé à faire de la politique. Si je me présente, c’est pour faire entendre la voix des travailleurs. Leurs problèmes (bas salaire, logement…) ne se résoudront pas par les élections. Nous, on est révolutionnaire, on pense qu’il faudra changer la société et c’est aux travailleurs de le faire. Il s’agit de ma première campagne aux municipales, après avoir été deux fois candidats aux législatives.

Depuis quand vivez-vous dans le 20e ? Dans quel quartier précisément ?
J’ai habité dans le 20e, mais je n’y suis plus. J’ai essayé de me loger dans le privé, mais avec les salaires qu’on a, quand on est au Smic ou à peine au-dessus, c’est impossible. J’ai un logement social par La Poste dans le 5e arrondissement.

Comment définiriez-vous le 20e pour des personnes qui n’y habitent pas ?
C’est un arrondissement extrêmement populaire, même s’il y des endroits, comme la Campagne à Paris où François Hollande habite d’ailleurs, qui sont “bobo” comme on dit. Avec la hausse des prix du logement, les classes populaires sont de plus en plus invitées à quitter à Paris. Mais dans le 20e, il reste cet esprit contestataire, cet esprit de la Commune.

Vos adresses fétiches dans le 20e ?
J’ai longtemps été facteur vers Alexandre Dumas et j’avais l’habitude d’aller prendre mon café au petit bistrot Le Muscadet, boulevard de Charonne. Je n’y suis plus, car on a été restructuré. (Nous étions 400 facteurs dans le 20e en 1998, contre à peine 200 aujourd’hui, et fatalement la qualité de service se perd, et les bureaux de poste ferment). J’aime aussi beaucoup le boulevard Ménilmontant, entre le métro Ménilmontant et Père Lachaise. Il y a de grandes terrasses et une super pizzeria : Popine. Enfin, j’ai découvert le café Le Lieu-Dit rue Sorbier, qui nous a gentiment accueilli pour une réunion de campagne.

Quels sont selon vous les trois combats prioritaires dans le 20e ?
Ce sont des combats généraux, ils faut défendre la même chose partout. Les problèmes des classes populaires sont les mêmes partout. Si je devais en choisir trois, je dirais les bas salaires, qui sont une catastrophe pour nombre de travailleurs dans le pays. Puis, le logement, ce n’est pas que le prix des loyers qui pose problème,  il faudrait un vrai plan de construction de logements sociaux dans le pays. Quand je viens en vélo tous les matins, je croise des dizaines de gens qui dorment dehors dont des familles avec enfants. C’est inadmissible, ça me révolte. Alors qu’en prenant l’argent, là où il est, dans les poches des grands patrons, on pourrait construire des dizaines de milliers de logements. En troisième, l’interdiction des licenciements, à commencer par les entreprises qui font des bénéfices.

Qu’est-ce qu’il manque aujourd’hui dans le 20e ?
Il manque dans le 20e, comme ailleurs, un parti révolutionnaire. Des militants communistes révolutionnaires partout, dans toutes les cages d’immeubles. Pour organiser les gens quand il y a des expulsions locatives. Ce n’est pas forcément dans les entreprises que cela se joue, mais aussi dans les immeubles, dans les quartiers. C’est ce qu’on cherche à construire.

Les pouvoirs d’un maire d’arrondissement suffisent-ils réellement pour peser sur la vie des habitants ?
Evidemment non. Ceci dit, on n’est pas seulement une candidature de témoignage, pas seulement là pour se faire entendre. On dit aussi que s’il y avait des élus Lutte Ouvrière au Conseil municipal, ils pourraient être les yeux et les oreilles des classes populaires et des travailleurs. Mais surtout y porter leurs combats, contre les expulsions, les fermetures de services publics, les licenciements…

Une anecdote à nous raconter sur ce début de campagne électorale ?
La première, c’est que quand on a collé les affiches avec un camarade (61 panneaux dans l’arrondissement), un monsieur m’a regardé en me disant : “c’est vous sur l’affiche ?”. Il était étonné de voir le candidat le faire lui-même. Le même jour, on a vu Cédric Villani passer en vélo, rue des Pyrénées, pour venir soutenir son candidat. Ce qui était marrant, c’est que ces deux gardes du corps couraient à côté de lui, c’était une image assez rigolote.

L’initiative citoyenne repérée dans le 20e et qui gagnerait à être connue ?
Je vais revenir à ces derniers mois, à la grève contre la réforme des retraites. Le 20e a été un des arrondissements où il y a eu le plus de comités de grève, de comités inter-pro. Il y a eu de nombreux départs groupés pour aller aux manifestations nationales.

Des loisirs ou des hobbys pour se détendre après une rude journée politique ?
Quand je fais autre chose, c’est de la musique. Je joue de la guitare. En duo, avec une chanteuse, on se produit dans les cafés.

L’objectif affiché pour ces municipales ? Vous diriez que le pari est réussi si… ?
Si on a réussi à se faire entendre des travailleurs du 20e arrondissement. Si on a réussi à convaincre les travailleurs qu’ils font tout tourner dans cette société et que c’est leur rôle de changer le monde.

En vue d’un second tour, avec qui pourriez-vous vous allier ?
Clairement personne. D’autant plus à Paris où se sont des têtes d’affiches politiques qui ont participé, de près ou de loin, à des gouvernements qui ont donné des coups aux travailleurs.

Votre première mesure en tant que maire du 20e ?
Mettre aux services des classes populaires tous les moyens juridiques disponibles à la Mairie du 20e, pour contester les expulsions, dénoncer les défaillances dans les HLM…

Crédit photo : Pauline Pellissier

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